Urgent

Trottoirs dégagés, espaces verts… : Les Dakarois saluent le renouveau urbain

Accueil / 17 février 2015

 

trotoiresAvec le programme « Ville verte » en cours d’exécution, Dakar n’offrira plus l’image d’une ville où la crasse dispute la place aux épaves et autres ordures. Ce programme entend allier propreté des trottoirs et bon état de la voirie, promouvoir de bonnes relations de voisinage et veiller à la rénovation des bâtiments. Le tout agrémenté par une présence plus importante de la verdure avec des arbres, arbustes et haies d’ornement. Bref, une ville moderne avec un cadre de vie sain, agréable et sécurisé. Il entend également lutter contre le chômage des jeunes par la promotion des emplois verts. En un demi-siècle, Dakar est devenue une mégalopole à l’étroit dans sa presqu’île. La capitale sénégalaise étouffe. Son développement s’est fait de manière désordonnée sous l’effet conjugué d’une forte croissance démographique, de la sécheresse, de la crise économique et social. Selon l’Agence nationale de la démographie et de la statistique (Ands), le taux d’urbanisme est passé de 23 % en 1960 à 38,40 % en 1988, puis à 40,7 % en 2002 et à 45 % en 2013. La quasi-totalité des 96 % des habitants de la région de Dakar vivent en zone urbaine, la collectivité regroupant près de la moitié de la population urbaine du Sénégal. Les 3 millions de Dakarois vivent sur 0,3 % du territoire national, soit une densité de 4 459 habitants au km2, contre 6,6 habitants au km2 dans la région de Kédougou. Cette urbanisation accélérée et non maîtrisée a influé négativement sur le cadre de vie qui s’est considérablement dégradé. Le béton a presque colonisé tous les espaces avec des bâtiments qui poussent  comme des champignons. Dakar, la verte (appelée Cap-Vert), est devenue une ville austère avec une laideur anguleuse. La carte postale est assez suggestive : amas d’ordures, gargotes, cantines à chaque coin de rue, jusque dans les quartiers réputés huppés… On s’installe où on veut pour mener son activité au mépris des normes d’aménagement urbain et d’hygiène. Le réveil a été brutal : inondations, maladies liées à l’eau, pollution visuelle et olfactive, encombrement des espaces publics, précarisation et dégradation tout azimut des espaces verts », note Abdou Aziz Diop, directeur du Cadre de vie et des Espaces verts urbains au ministère du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie.  « Les changements de destination des sites initialement réservés aux espaces verts et le non-respect des capacités de charge des supports naturels, comme les sols et les sous-sols, ont contribué, de façon drastique, à fragiliser et à détruire le cadre de vie, mettant en péril l’existence même des citoyens dans les centres urbains du Sénégal », ajoute-t-il.
M. Diop stipule également que les nuisances urbaines figurent parmi les grands maux qui menacent la stabilité sociale. Lequel constat nécessite des actions. D’où la politique de renouveau urbain prônée par les autorités actuelles. Dans le cadre du programme « Ville verte », des actions de grandes envergures seront lancées en mars prochain pour améliorer sensiblement le cadre de vie, indique-t-il. Le directeur du Cadre de vie précisant que cette nouvelle politique vise à rompre avec les pratiques en cours « pour satisfaire au mieux les besoins des usagers en matière de qualité de vie ».
Il s’agit de rendre les villes sénégalaises plus attrayantes avec une présence plus importante du couvert végétal. Le programme « Ville verte » est le prolongement des travaux de nettoiement et d’embellissement entamés avant le XVe Sommet de la Francophonie (organisé à Dakar les 28 et 29 novembre 2014). A la veille de cette rencontre internationale, la Voie de dégagement nord (Vdn) a été nettoyée et embellie. La direction du Cadre de vie et des Espaces verts urbains a réussi, en un temps record, à débarrasser cette route très fréquentée de toutes les saletés. Eiffage – (une société de construction des infrastructures) a été mise à contribution. Elle a mis le gravillon blanc et ladite direction a semé le gazon et planté des arbres qui donnent une image plus attrayante à cette voie.Ces interventions sont appréciées par les populations. « Le gravier blanc, le gazon et les arbustes d’ornement valorisent cette voie », déclare Ousmane Sagna, enseignant originaire de la Casamance. Il demande aux autorités de renforcer les arbres sur cet axe en plantant des cocotiers espacés de dix mètres. « Ce sera vraiment beau et cela permettrait à Dakar qui étouffe sous le poids de la pollution de respirer », dit-il. Ousmane Sagna invite aussi les sociétés installées le long de la Vdn à décorer la devanture de leur immeuble par des fleurs ou des haies d’ornement. Sous le charme des actions menées par le ministère du Cadre de vie, cet enseignant soutient et encourage le programme « Ville verte » qui entend veiller à la propreté des trottoirs, préserver le bon état de la voirie et des bâtiments, encourager de bonnes relations de voisinage dans un environnement plus verdoyant. L’embellissement de la Vdn ira jusqu’à Guédiawaye. Il en est de même des deux voies de Liberté 6 jusqu’à Malika.
Amadou Ciré Ly, vendeur de poissons au rondpoint du Grand théâtre national, salue cette politique. Toutefois, il exhorte les autorités à multiplier les poubelles le long des grandes artères, d’interdire la divagation des animaux surtout au centre-ville, car cela donne un aspect médiéval à la capitale sénégalaise, et de renforcer la surveillance. En effet, des citoyens pas très sérieux ont volé une partie du gravillon blanc mis sur la Vdn, et Eiffage a été obligée de remplacer ce qui a été soustrait.
Sur l’échangeur de la Patte d’Oie, des ouvriers s’activaient à notre passage. Il est prévu d’y planter des palmiers le long du tracé en plus des haies et des arbres d’ornement. Sur cet espace naguère colonisé par des herbes sauvages et la broussaille, il est également prévu un terrain de basket et de handball, des endroits de détente et de loisirs, aussi bien pour les enfants que pour les adultes, des boutiques, des restaurants, etc. « Toutes les activités de services y seront développées. Les personnes pourront fréquenter le lieu en toute quiétude et le cadre sera convivial », explique le superviseur des travaux, M. Fall, agent à la direction du Cadre de vie et des Espaces verts urbains.
A la Place de l’indépendance, des arbres d’ornement seront plantés et un jet d’eau y sera construit. Aussi, le gazon sera renforcé. Cette politique sera étendue dans la banlieue dakaroise (Pikine, Guédiawaye, Parcelles Assainies) et à la ville de Rufisque. « A Rufisque, le boulevard Maurice Guèye, long de trois kilomètres, sera assaini, aménagé et embelli en 2015, ainsi que d’autres artères », assure le directeur du Cadre de vie.
Selon Abdou Aziz Diop, le projet « Rénovation urbaine-Villes vertes à Haute intensité de main d’œuvre (Pro-Himo), mobiliser les jeunes au service de leurs localités » répond au souci de bien-être économique et social des populations.
L’amélioration de l’environnement urbain par l’aménagement d’espaces verts sera couplée par l’implantation d’espaces économiques. « Dans des villes telles que Singapour et Kuala Lumpur (Malaisie), la plantation d’arbres et l’embellissement urbain ont eu pour effet de promouvoir les investissements étrangers, stimulant ainsi la réduction de la pauvreté urbaine à travers la création d’emplois et de revenus », souligne le directeur du Cadre de vie. En fait, il s’agit de revenir à une pratique qui existait bien avant l’indépendance. La politique de gestion urbaine de l’ère coloniale avait intégré les espaces verts dans les programmes d’aménagement et de lotissement pour un cadre de vie verdoyant et embelli, répondant ainsi aux besoins de détente, de loisirs et d’activités récréatives.
Concrètement, il s’agit d’aménager et d’équiper les espaces publics et les axes routiers, de sorte que des activités économiques puissent s’y dérouler sans entrave à la circulation. Ainsi, 230.000 m² d’aires piétonnières en pavés seront réalisés dans le cadre du programme « Ville verte » à Dakar et dans les régions intérieures, et 124 rondpoints. Dans les banlieues, les 37 hectares qui seront libérés dans le cadre de la requalification des zones d’inondation de la périphérie dakaroise seront dédiés à l’agriculture urbaine. « Le projet concoure à la promotion et à la valorisation de l’agriculture urbaine, en visant particulièrement le développement de marchés attractifs pour les activités maraîchères, fruitières, horticoles et floricoles périurbaines, la professionnalisation des filières et la création d’activités modernes », indique Abdou Aziz Diop. Les huit bassins de rétention de Dakar seront valorisés par des activités de maraîchage et de pisciculture. Par ailleurs, la lutte contre les encombrements et occupations irrégulières sera accentuée. « La promotion de la qualité environnementale par le renforcement du végétal (rénovation des plantations existantes et réalisation de plantations sur les terre-pleins et les axes routiers) passe par un cadre assaini. L’accent sera mis sur l’amélioration de la propreté », insiste M. Diop. L’objectif étant non seulement de développer des activités génératrices de revenus, mais aussi de relancer et de développer le tourisme. « Le tourisme performant passe par le cadre de vie.
La valorisation de ces espaces publics, des axes routiers et des zones humides urbaines peut favoriser le développement des activités touristiques et l’épanouissement des citadins en quête de détente, de confort et de sécurité », affirme-t-il. D’ailleurs, révèle le directeur du Cadre de vie, une loi dénommée « paysage » sera soumis aux députés. Dès lors, la publicité sera mieux organisée avec des écrans visuels agréables et esthétiques qui contribueront à réduire les pollutions visuelles, olfactives et sonores. Une partie des ressources tirées de la publicité pourra servir à l’entretien et au suivi des aménagements.
Abdou Aziz Diop insiste également sur la démarche inclusive des autorités dans la conduite de ce programme. Celles-ci, souligne-t-il, ont mis en avant la concertation en impliquant tous les acteurs : élus locaux (collectivités locales), populations, organisations de la société civile. Aussi, le secteur privé est associé dans l’exécution du programme. Les espaces de loisirs et de détente qui seront aménagés et équipés – comme la Patte d’Oie – seront gérés par des privés, fait savoir M. Diop.
A travers ce programme, les autorités veulent lutter contre le sous-emploi et chômage des jeunes. « La problématique de l’emploi des jeunes est une préoccupation majeure. Cette couche qui constitue la force vive de la nation, longtemps laissée en marge des activités économiques, sera prise en charge et revalorisée grâce à la mise en œuvre de nouvelles filières émergentes, à savoir les emplois verts », déclare-t-il. En partenariat avec le ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, les jeunes seront formés aux techniques de pavage, du maraîchage… « Le projet sera un des instruments majeurs pour mesurer le succès du Plan Sénégal émergent en permettant aux populations d’observer directement les changements qualitatifs qui affectent leur environnement immédiat. En ce sens, il constitue un véritable pari sur le futur émergent du Sénégal », soutient le directeur du Cadre de vie.
Le soleil


Étiquettes : , , , , ,



Vision Verte




Article précédent

Transformation du typha en charbon : Une alternative contre l’exploitation anarchique du bois de chauffe

Article suivant

un requin fossile vivant qui manque de mordant





Vous aimerez aussi



0 commentaire


Laisser un commentaire


Plus d'articles

Transformation du typha en charbon : Une alternative contre l’exploitation anarchique du bois de chauffe

Pour alléger les travaux des femmes, des unités de fabrication de biocombustible ont été distribuées aux populations...

14 February 2015