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Eau et assainissement : La réutilisation des eaux usées pour prévenir les risques de pollution

Accueil / eaux-assainissement / pollution-nuisance / proprete / sante / 23 février 2015

dr seydou niang

Dr Seydou Niang ne doute pas que la réutilisation des eaux usées traitées est une bouée de protection des ressources qui se raréfient du fait des conséquences des changements climatiques. En réalité, elle réduit les risques de pollution aussi bien des eaux de surface que celles des profondeurs.
Sur les berges de la grande mare du Technopole, le soleil est sur la déclinaison du couchant. En contrebas, les jardiniers et les fleuristes travaillent leurs lopins de terre. Dans une pente parcourue par des haies de salades, de choux et d’aubergines, Demba Diagne, un homme de forte corpulence, tenant dans chaque main un arrosoir, se faufile entre les parcelles aménagées et arbustives. Ces plantations de choux, de salades et d’oignons ont atteint des niveaux de développement rapide. Sur la pente, le bruit des moteurs et des clapotements contraste avec la quiétude des jardins. La réutilisation des eaux usées se fait à petite échelle. Les enjeux sont pourtant énormes pour un pays sahélien comme le Sénégal et surtout pour la capitale sénégalaise qui traîne encore un déficit.
Loin des périmètres maraîchers, dans son laboratoire d’eau et d’assainissement de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), l’hydrobiologiste et environnementaliste Dr Seydou Niang considère la réutilisation des eaux usées traitées comme l’une des options durables de la préservation de cette ressource qui se raréfie. « La réutilisation des eaux usées traitées pour l’agriculture est une opportunité à ne pas rater. Parce que la non utilisation et la non valorisation de ces eaux a des impacts sur les eaux de surface tout comme sur celles des profondeurs », soutient l’enseignement-chercheur. Selon lui, si les rejets liquides sont traités et utilisés, les eaux de surface et la nappe seront au moins à l’abri de la pollution par intrusion. Surtout que des études antérieures avaient montré que les différentes formes de pollution avaient des conséquences négatives sur les eaux des profondeurs dans la région de Dakar, notamment à Thiaroye où sont construits plusieurs forages qui desservent une partie de la capitale. « Nous avions fait une étude sur la nappe de Thiaroye. A l’époque, l’étude avait révélé que la pollution de la nappe avait privé la population de Dakar d’une exhaure à hauteur de 16.000 mètres cubes par jour, alors qu’en 1970, il n’y avait pas autant de pollution de la nappe », rappelle l’universitaire. Il indique qu’à cette époque, la Sones pompait 16.000 mètres cubes, alors qu’aujourd’hui, elle est obligée de pomper moins de 1.000 mètres cubes. « Donc, le fait de produire les eaux usées et de les jeter dans des zones inondables comme à Djeddah Thiaroye Kaw et dans d’autres sites va contribuer à la pollution. La quantité d’eau qui était disponible ne l’est plus », explique Dr Niang. Par conséquent, la réutilisation de cette ressource contribuera, selon lui, à réduire les risques de dégradation de la nappe.

Moins de pression sur l’eau « noble »
En plus de la préservation de cette ressource des profondeurs, l’utilisation à grande échelle de ce rejet recyclé est une réponse à l’évacuation des eaux brutes ou traitées en mer. Ainsi, la mer est moins sujette à la contamination liée à la gestion de cette eau. « Le tout à l’égout, l’eau traitée ou non traitée rejetée va contribuer à augmenter la pollution des eaux de surface. Je rappelle que les pêcheurs pêchaient à la seinne à Hann, Soumbédioune, au Cap Manuel. Aujourd’hui, si vous le faites, vous avez un filet rempli d’algues à cause du phénomène d’eutrophisation », révèle l’universitaire.
L’hydrobiologiste est convaincu que le recours aux eaux usées traitées induirait en amont moins de pression sur les réserves en eau en ce sens qu’un volume important d’eau potable est transféré vers les usages agricoles.  « Si on utilisait un tant soit peu les eaux usées traitées, on économiserait beaucoup d’eau « noble », c’est-à-dire propre pour la consommation. Et il est établi que 80 % des eaux que nous consommons sont rejetées », analyse le scientifique.
Il révèle qu’actuellement, il y a une panoplie de méthodes de traitements ne nécessitant pas beaucoup d’investissements. Seydou Niang milite, en effet, pour la réutilisation de toutes les eaux traitées. Toutefois, il mesure la pertinence de la réalimentation de la nappe dans les zones où elle est très profonde et en fonction de la texture des zones. Cela peut être une alternative à une réduction conséquente de cette ressource dans ce contexte de changement climatique. « La réinjection pour réalimenter la nappe est une voie de la préservation de cette ressource. Mais cette réinjection doit dépendre de l’endroit et de la profondeur de la nappe. Il faut que la nappe soit suffisamment basse pour que cette option soit pertinente », fait remarquer l’hydrobiologiste. Aujourd’hui, les techniciens et les experts sont convaincus que l’utilisation à grande échelle de cette eau usée traitée ne peut pas se faire en dehors des politiques agricoles.


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