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FILIERE OIGNON – Ces difficultés qui minent la filière

Accueil / agriculture-peche-foret / economie verte / 19 avril 2015

Le Sénégal ambitionne de produire 350 000 tonnes d’oignon en 2016. La filière a fait un grand bond. Cependant, il y a toujours des entraves.

Le malheur des uns, fait le bonheur des autres, comme dit l’adage. Depuis le gel de l’importation de l’oignon décidé par l’Agence de régulation des marchés (Arm) et entré en vigueur à partir du samedi 14 février 2015, les importateurs sont restés les bras croisés. Cette politique de régulation des importations mise en œuvre il y a dix ans par les autorités sénégalaises vise à favoriser la production nationale. Le gel a pour objectif d’augmenter les chances des producteurs d’écouler leur production en protégeant la filière locale de la concurrence de l’oignon importé et de promouvoir ainsi le consommer local. Car les producteurs buttaient sur un problème de régulation. L’oignon local traversait de sérieuses difficultés dues à l’importation. Comme l’année dernière, ce gel se poursuivra jusqu’en août. Ce qui hante le sommeil des importateurs qui ne vivent que de cette activité. Durant la période de gel, ils vendent beaucoup moins par rapport à l’oignon importé. « Avec la production locale, en achetant je ne dépasse pas 200 sacs. Alors que pour l’oignon local, j’importais 2 à 4 containers. Et je vendais souvent un container par jour », s’est inquiété Pape Bira Gueye, commerçant importateur d’oignon. Cela cause des difficultés énormes à ces commerçants. «Je reste parfois une journée sans rien vendre. Ou vendre un petit nombre de sacs. Les clients viennent de moins en moins. Alors que je dois payer mes employés et la location de ma place», a-t-il indiqué. N’empêche, M. Gueye est pour le consommer local. Selon lui, ce gel est normal puisque c’est le gouvernement qui avait incité les producteurs nationaux à produire davantage; «donc c’est une obligation de les soutenir». «Seule l’autosuffisance alimentaire peut conduire le Sénégal au développement. Cette autosuffisance passe par la consommation locale», a-t-il indiqué. Mais, a-t-il ajouté, la production d’oignon connait toujours des problèmes liés à la qualité. Une amélioration notable s’y impose pour que la filière puisse connaître son véritablement envol. Pour y parvenir, il faut mettre à la disposition des producteurs des intrants de qualité, du matériel, des formations.

Promotion du consommer local

Cette mesure prise par l’Arm est appréciée. Toutefois, du côté des consommateurs, beaucoup se plaignent de la qualité de l’oignon local. Ce qui fait que les consommateurs préfèrent l’oignon importé à celui local. Les producteurs ne laissent pas l’oignon jusqu’à maturité complète. Ils doivent éviter de procéder à des récoltes précoces. «Pour arriver à maturité, il faut laisser l’oignon jusqu’à ce que la tige sèche et s’affaisse». La conservation pose également un sérieux problème car, explique Pape Bira Gueye, «il se gâte très rapidement, c’est pourquoi on ne peut pas le conserver pendant une longue durée, l’oignon importé serait plus facile à conserver». C’est pourquoi, avec l’oignon local, les Sénégalais ne prennent pas le risque d’acheter 2 sacs. De même, les fast-foods ne gardent plus beaucoup de sacs. Un avis que partage, Ibrahima Lo, secrétaire général de l’Unacois/Jappoo, qui ajoute que la qualité de l’oignon importé est meilleure». Avant d’ajouter que même au niveau du gout «on sent la différence».

«Les gousses contiennent beaucoup d’eau», a souligné Oumar Samba Ndiaye, consultant en chaîne de valeur et ancien directeur de l’exploitation de l’Arm qui avoue qu’il y a une amélioration très sensible. Mais, selon lui, beaucoup restent à faire aussi bien sur le produit, que sur son emballage et son stockage. «Outre la récolte précoce, la bonne démarche est de s’atteler à un ensachage en sac de 25 Kg plutôt que de 40 Kg (l’entassement altère la qualité de l’oignon), à la labellisation et au bon stockage».

Temps de transition, temps de spéculation

En attendant l’arrivée massive de l’oignon local sur le marché, les Sénégalais avaient subi le diktat des importateurs d’oignon pendant un mois (du début du gel jusqu’au milieu de mars). Lors de la phase de transition marquée par le début du gel de l’importation et l’arrivée timide de l’oignon local, le prix de l’oignon importé avait connu une hausse sensible sur le marché. En effet, la production locale n’était pas arrivée en quantité et l’oignon importé n’avait pas totalement quitté le marché. Et, les acteurs profitent de la phase de transition pour spéculer sur les prix. «Avant le gel, le prix était accessible. Maintenant, il est excessif. Même le prix de l’oignon local a flambé», avait soutenu Oumou Niang, une dame trouvée au marché de Thiaroye, où sont amassés des centaines de sac d’oignon issue de la production locale. Pourtant, selon Oumar Samba Ndiaye, «le prix de régulation de l’oignon importé est entre 350 et 400 FCfa au détail et 7 500 FCfa au demi-gros c’est-à-dire le sac de 25 Kg». Alors que le Kg de l’oignon importé serait vendu jusqu’à 600 FCfa le Kg et 9 000 à 9 500 FCfa le sac de 25 Kg. Le panier de la ménagère endurait avec ténacité. «C’est dur pour les consommateurs et surtout pour nous qui avons les restaurants», s’était désolée la restauratrice Khady Fall, venue se procurer des oignons. De l’avis de M. Ndiaye, ce sont des comportements spéculatifs qui sont à l’origine de la hausse des prix, avec les rétentions de stocks des importateurs qui approvisionnaient le marché. «Des commerçants détenteurs d’une autorisation d’importation attendaient souvent la veille de la levée du gel des importations pour inonder le marché avec de l’oignon importé», avait dit le ministre du Commerce, de l’Industrie et du Secteur informel, Alioune Sarr, lors d’une rencontre avec les membres de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Saint-Louis.

Consommateurs et commerçants, les perdants

Actuellement, l’oignon importé n’est plus sur le marché sénégalais. A l’heure actuelle, c’est la production locale qui l’inonde. Le marché est très bien ravitaillé Mais, le prix n’a pas baissé, comme s’y attendaient les populations. Les consommateurs et les commerçants espéraient qu’avec les récoltes qui sont arrivées à terme, le prix serait revu à la baisse quand la production locale inondera le marché. Malheureusement, il est vendu cher. Alors qu’avec le gel des importations, le prix devrait être abordable. Le kilogramme varie actuellement entre 350 et 400 F CFA. Et le sac de 30 kg est cédé à 9000 FCfa, le sac de 25 Kg à 6500 FCfa ou 7000 FCfa. Le constat est amer puisque le prix du kilogramme d’oignon local n’est pas très loin de celui importé. Ce que déplorent les consommateurs, les commerçants grossistes et autres détaillants : «Ce n’est pas tolérable», a dit Abdou Rahmane Ndiaye, commerçant implanté à la rue Raffanel (ville de Dakar). Avant d’ajouter que «cela n’encourage pas à consommer local, encore que ce n’est pas la même qualité. Il y a vraiment beaucoup de choses à revoir».

Le Sénégal vise la production de 350 000 tonnes d’oignon en 2016. La filière a fait un grand bond. La production d’oignons au Sénégal connait une hausse croissante. Selon un document de la Direction de l’Horticulture, la production d’oignon est passée de 90.000 tonnes en 2001 à 245.000 tonnes en 2014. Cette augmentation en volume est le résultat d’une politique de diversification des cultures par les producteurs. Cependant, le problème de qualité, les infrastructures de stockage sont insuffisantes avec un impact notoire sur la conservation des oignons.


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