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Quand l’inconscience, l’incorrection et l’irresponsabilite, agressent notre cadre de vie

Accueil / dechets / pollution-nuisance / proprete / 3 mai 2015

Tous les jours, les véhicules de ramassage des ordures sillonnent les différents quartiers de dakar et sa banlieue pour la collecte des ordures. Malgré tous ces efforts, la capitale sénégalaise présente un visage hideux, contrairement à certaines capitales de la sous-région. Une insalubrité qui découle d’un comportement inconscient, incorrect ou irresponsable de nos concitoyens qui ont tendance à se débarrasser de toute charge inutile n’importe où et n’importe comment. devant ce mal qui semble être une identité bien sénégalaise, faut-il sensibiliser, sanctionner ou encore réprimer pour couper la racine du mal ? en tout cas, les solutions ne manquent pas pour un changement de comportement responsable.

Très imbu de sa personne, le Sénégalais est très soucieux de son image. Cependant, même parés de ses plus beaux atours, avec une élégance qui force le respect, il traîne des habitudes qui remettent en cause cette fière allure. Il suffit de l’observer, un moment, pour qu’il livre au grand jour ses carences comportementales. À la maison, dans les véhicules de transport, au travail, dans la rue, dans les marchés, au stade, partout, le constat est le même sur le comportement de nos compatriotes est déplorable. En effet, jeter un gobelet de café, une cannette de boisson, un sachet d’eau, du papier ou encore des peaux de banane, bref se débarrasser de toute impureté, de toute charge inutile, n’importe où, n’importe comment, sont des pratiques courantes répétées à longueur de journée par nos concitoyens ; comme une identité bien sénégalaise. Cependant, ce réflexe de bon débarras dont nous faisons montre tous les jours, n’est rien d’autre qu’une marque d’indiscipline collective qui contribue à l’agression de notre cadre de vie. Partout, l’on remarque les déchets plastiques, les ordures de toutes sortes qui meublent le décor de la capitale et
de sa banlieue.

Pour une population de plus de trois millions d’habitants, la capitale du Sénégal pèse annuellement 450 000 tonnes d’ordures déversées à la décharge de Mbeubeus. La collecte et le ramassage incombent aux 1532 agents du nettoiement de l’Entente Cadak-Car avec le concours des concessionnaires qui ont déployé pas moins de 250 bennes tasseuses pour cette mission de salubrité. Le tout pour un budget de 10 milliards F Cfa décaissé chaque année par l’État pour rendre Dakar propre. Mais force est de constater que la capitale reste insalubre, malgré les moyens alloués par l’État et les efforts consentis régulièrement par les travailleurs du nettoiement sur le théâtre de l’insalubrité.

UN MINI MBEUBEUS A SACRE-COEUR III

Dans cette agression de notre cadre de vie, les quartiers dits résidentiels ne sont pas épargnés par ce spectre incivique. À Sacré-Cœur III, devant la Mosquée Aboubacrine Sadikh, le constat est…effarant avec des tas d’immondices qui meublent le décor. En effet, un des rares terrains inhabités qui fait face au lieu de culte a été transformé en dépôt sauvage. C’est une épave de véhicule pick-up blanc qui a servi de dépotoir pour les ordures. La cabine arrière du véhicule est remplie à ras bord d’ordures ménagères de toutes sortes. Des déchets plastiques, des restes de repas, des feuilles d’arbres…Un véritable Mbeubeus en miniature. Pourtant dans cette localité, le véhicule de ramassage des ordures sillonne tous les matins les différentes artères en plus des charrettes qui arpentent ces différentes ruelles pour la collecte des ordures moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. Devant cette image indigne de ce quartier, les riverains se lavent à grande eau et placent au banc des accusés les talibés et autres mendiants auteurs, à les en croire d’un tel comportement. À noter qu’après notre passage, le dépôt sauvage a reçu un coup de balai et l’épave du véhicule déplacé. Non loin, au rond-point Liberté VI vers Grand-Yoff, c’est un dépôt récurrent qui frappe l’attention du passant.

En effet, chaque jour l’endroit est nettoyé et les ordures transportées, mais les occupants (les restauratrices, les vendeurs de café et d’autres occupants), récidivent toujours. En plus de cohabiter avec la saleté, les ordures composées de fruits pourris, de restes de repas entre autres déchets attirent également les animaux errants.

INCIVISME QUAND TU NOUS TIENS !

À Dakar comme dans sa banlieue, le constat est le même. Partout, les ordures surtout plastiques ornent le décor. À Guédiawaye, notamment au quartier Wakhinane Nimzatt qui abrite le foyer des jeunes de ladite localité, des bacs à ordures avec le concours de Guédiawaye hip-hop (G-hip-hop) dirigé par Malal Talla alias Fou malade et de l’Union européenne (Ue) sont installés de part et d’autre sur la route qui passe devant le stade municipal de Ndiarème Limamoulaye. Une manière d’inciter la population à plus de comportement responsable et à se départir des déchets dans ces différents bacs à ordures. Peine perdue.
En effet, les nombreuses personnes qui fréquentent cette artère passent outre les recommandations et jettent les ordures au pied des bacs à ordures. Toujours, dans cet élan d’assainir notre cadre de vie et d’inviter au respect de l’environnement, les murs de clôture du stade Ndiarème, du foyer des jeunes de Wakhinane, du lycée Seydina Limamoulaye ont été peints par des «graffeurs» avec des dessins et des inscriptions qui sensibilisent sur la citoyenneté, le civisme et le respect de l’environnement. Malheureusement, certaines parties de ces murs sont transformées en toilettes publiques par les passants et par certains vendeurs à la sauvette. Et, l’odeur acide de l’urine irrite de loin les narines. Incivisme, quand tu nous tiens ! Même spectacle d’odeurs pestilentielles à côté du building Maginot, en plein coeur du Plateau.

MALAL TALLA ALIAS FOU MALADE : «QUAND UN CHAUFFEUR DE TAXI N’A PAS DE PERMIS, IL EST SANCTIONNE ; QUAND UNE PERSONNE NE RESPECTE PAS LE BIEN COMMUN, ELLE DOIT ÊTRE SANCTIONNEE»

Artiste très engagé aux côtés des masses laborieuses, Malal Talla alias Fou n’en demeure pas moins un leader d’opinion qui œuvre pour la lutte contre le changement de comportements de ses concitoyens. Cependant, malgré cette politique de sensibilisation, le combat contre l’insalubrité est loin d’être remporté. Ce qui ne décourage nullement le rappeur qui persiste dans la sensibilisation des populations qui, regrette-t-il, n’adhèrent pas tout de suite. «Elles ont un mauvais rapport avec le bien public», indique le patron de G-hip-hop qui ajoute que ce combat nécessite l’implication de toutes les forces vives de la Nation, les artistes, les décideurs politiques, les médias, les chefs religieux, etc. Ces derniers, indique-til, sont écoutés par la population. «Les chefs religieux interviennent dans la médiation pénale et dans beaucoup d’autres sujets. Ils devraient intervenir également dans le changement des comportements. Par exemple interdire le phénomène d’uriner sur les murs ; car leurs conseils comme le «ndigueul » sont largement suivis par la population», ajoute Fou malade qui invite les décideurs politiques à sanctionner certains écarts de comportement sous peine d’amende. «Quand un chauffeur n’a pas de permis, il est sanctionné, quand une personne ne respecte pas le bien commun, elle doit être sanctionnée», martèle le responsable du mouvement «Nouveau type de citoyen» (NTC), avant d’appeler les médias à soutenir la lutte contre l’insalubrité. Chaque organe de presse, dit-il, doit prendre sur lui la responsabilité de sensibiliser la population sur le changement de comportements. Enfin, le rappeur appelle l’État à mettre plus de poubelles à a disposition des populations et suffisamment d’agents pour la collecte des ordures. Non sans plaider pour le renforcement des initiatives existantes à l’instar de Guédiawaye-hip-hop.

ECOLE LIBERTE VI A : QUAND LES ENFANTS MONTRENT LA VOIE …

Contrairement à l’inconscience des adultes principaux agresseurs de notre cadre de vie, les enfants sont pollueurs certes, mais plus conscients du fléau que constituent les ordures. Une visite à l’école Liberté VI A, renseigne sur la maturité des petits à propos de la protection de l’environnement. Même si à cette heure de la mijournée, l’école s’est vidée de ses potaches, l’engagement des élèves de l’élémentaire à lutter contre la prolifération des ordures est manifeste. Dans la classe de M.Diagne, par ailleurs adjoint du directeur, des prospectus sont visibles dans tous les coins de la salle avec des inscriptions : «Je ne salis pas ma classe», «Je ne salis pas la cour de l’école», «pollueur, payeur». De petites phrases qui rappellent aux élèves leur devoir de tenir leur environnement immédiat propre. Et des sanctions sont prévues contre ceux qui ne se conforment pas à cette ligne de conduite. «Ces sanctions sont pécuniaires ou sont relatives à un travail d’intérêt général qui consiste à ramasser les ordures dans la classe et à effacer le tableau pendant une semaine», nous apprend M.Diagne qui renseigne dans la foulée qu’un maître de service est désigné toutes les semaines pour veiller à la propreté de la cour de l’école et des toilettes pendant la récréation Dans cette dynamique d’inciter les élèves à la responsabilité citoyenne, des sacs vides sont accrochés contre les arbres dans la cour de l’école pour obliger les élèves à y jeter les papiers et emballages. Même si les cours d’éducation sanitaire et civique ne sont plus dispensés, ils ont été remplacés par d’autres matières comme «Vivre dans son milieu» qui sensibilise sur la gestion de l’environnement, la pollution, la promiscuité et «Vivre ensemble» qui traite de l’éducation civique. Pour lutter contre l’insalubrité, M.Diagne est d’avis que la sensibilisation des élèves dès le bas âge peut forger en eux un comportement responsable. Des habitudes qu’ils pourront développer à la maison et dans le quartier.

LA GRANDE MOSQUEE SE CONFORME

Si le palais de la République est sans conteste l’endroit le plus propre de la capitale, dans certains endroits comme la Grande Mosquée de Dakar, la salubrité est respectable, d’autant que dans ce lieu de culte, convergent tous les vendredis, des centaines de fidèles. Même si la prière requiert la pureté, à la fin de cet acte de dévotion, certains endroits, surtout les toilettes, n’affichent pas la propreté d’avant-prière. Une visite guidée à l’intérieur peu avant la prière du vendredi permet de mesurer les efforts consentis pour maintenir les lieux propres. «Avec la forte affluence des hommes à la prière du vendredi, 26 toilettes sont réservées aux hommes contre quatre seulement pour les femmes», renseigne Oustaz Mouhamed Latif Sylla, maître coranique à la Grande Mosquée, muezzin et imam pour diriger les cinq prières de la journée. À l’en croire, dès la fin de la prière du vendredi, les agents chargés du nettoiement (huit personnes dont cinq hommes) vont pendant une heure remettre les toilettes à sec. Pour faciliter ce travail, la Grande Mosquée dispose d’un matériel de nettoiement adéquat ainsi que de quatre grands aspirateurs pour nettoyer la grande salle de prière. De plus, à la veille de la Tabaski ou de la Korité, période de très forte affluence, le Service d’hygiène est mis à contribution pour une opération de pompage et de désinfection des lieux, informe Oustaz Sylla.

LES SICAP JADIS UNE FIERTE DU PRESIDENT SENGHOR

Comme dans tous les quartiers de la capitale, l’insalubrité est en passe de prendre des proportions inquiétantes. Les quartiers Sicap, jadis caractérisés par la propreté et ses habitants portés en haute estime, ne font pas l’exception. Même si l’insalubrité n’est pas alarmante à la Sicap Liberté II, la promiscuité et la présence des mendiants impactent sur cette production d’ordures à grande échelle. Rares sont les maisons qui ont gardé cette forme architecturale jadis commune à toutes les bâtisses de la Sicap Liberté II, construite en 1959. Plus d’un demi-siècle après, nombreuses sont les maisons qui ont été réfectionnées pour épouser les contours des habitations des temps modernes. Une disparité entre les nouveaux immeubles et les logements érigés à la veille de l’indépendance du Sénégal, mais également entre la salubrité qui était plus nette au début La propreté des habitations des Sicap était vantée au plus haut niveau de l’appareil d’État au point de constituer une fierté pour le premier Président de la République du Sénégal indépendant qui, indique-t-on, aimait faire visiter ces quartiers à ses hôtes. Plus d’un demi-siècle plus tard, la propreté est-elle aussi nette dans ces quartiers ? En cette matinée ensoleillée, dans cette localité (Sicap liberté II) habitée en majorité par des fonctionnaires qui ont quitté les maisons pour rejoindre le travail, ce sont les femmes de ménages et autres domestiques qui se livrent à la première tâche de la journée. Celle de balayer l’intérieur et les devantures des concessions. La propreté est acceptable dans les rues malgré quelques bouts de papiers et des sachets plastiques qui voltigent au gré du vent. À cet instant, le klaxon du véhicule de ramassage se fait entendre et, comme une trainée de poudre, les femmes se ruent vers le camion pour déverser les ordures déjà en souffrance dans des bacs à ordures de circonstance. Elles sont relayées par deux agents du nettoiement – sans masques de protection malgré la poussière et l’odeur pestilentielle des ordures – chargés de vider les poubelles dans la tasseuse.

Nous rejoignons le jardin public de la Sicap Liberté II situé à quelques dizaines de mètres du mythique stade Demba Diop construit quatre ans après ladite cité. Dans le jardin public à la forme et la taille d’un rond-point, trônent majestueusement deux arbres qui couvrent de leur ombrage les bancs publics qui y sont installés. Tout autour du jardin sont stationnés des dizaines de véhicules. À la devanture d’une maison (R+1) qui attend un coup de pinceau après des travaux de réfection, est assise une vieille dame drapée d’un grand boubou bleu, assorti d’un foulard de tête jaune. Elle s’appelle Fatou Ndiaye dite Mame Ndiaye. C’est une vieille petite silhouette aux rides apparentes qui profite des rayons du soleil. Elle est témoin de l’histoire contemporaine de notre pays, même si sa mémoire faillible n’arrive pas à coller une date aux nombreux évènements auxquels elle a assisté ; parmi lesquels la construction des Sicap, du stade Demba Diop, etc. Dans son récit, sur un timbre grelottant à peine audible, tout passe. Impossible de la canaliser. Des figures de l’histoire politique du Sénégal comme Senghor, Lamine Guèye et Assane Seck lui viennent à l’esprit. Tout s’use avec le temps, dit-on. «Ce sont les Blancs qui habitaient ici et quand ils ont quitté, beaucoup de maisons ont été fermées. À cette époque, j’ai déboursé 4 750 F Cfa pour les deux chambres que j’avais louées ici», se rappelle-telle, les yeux fixés sur trois poubelles vides et un sac rempli d’ordures abandonné sur le pied d’un arbre du jardin. «Nous n’avions pas connu cette insalubrité par le passé. Quand on se levait le matin, tout était propre et il y avait tous les jours un homme (Ndlr : un agent du Service d’hygiène) qui parcourait les rues, les mains derrière le dos pour veiller à la propreté des lieux», raconte la vieille dame. Sur ces propos, une dame de forte corpulence s’est approchée pour échanger des salamalecs avec notre interlocutrice. La cinquantaine bien sonnée, elle ne manque pas d’apporter, sous le sceau de l’anonymat, son avis sur la salubrité dans son quartier. Nostalgique de l’époque où les Sicap étaient habités par des Européens, notre interlocutrice révèle qu’autrefois, il y avait dans chaque habitation, une chambrette où les ordures étaient entreposées. «Tous les matins, ces ordures contrairement à ce qui se passe de nos jours, étaient collectées par les agents du nettoiement qui faisaient du porte-àporte. Ces ordures étaient prisées par les habitants des autres quartiers qui venaient à la recherche de jouets et d’autres gadgets», révèle la moins âgée qui ajoute que les habitants des Sicap étaient portés en haute estime.

Revenant à la charge, Mame Ndiaye considère que le beau visage des Sicap tant envié a radicalement changé. «Si les Sicap ont perdu leur lustre d’antan, c’est à cause du phénomène de l’exode rural avec les nouveaux résidents. Il y a également la promiscuité avec des habitations surpeuplées, sans compter les mendiants qui envahissent le quartier et qui ne respectent aucune norme sanitaire», se désole la vieille dame. Elle est plus courroucée quand elle parle des allées Babacar Sy de Dieuppeul qui offrent un visage hideux du fait des mendiants et des Sans domicile fixe (Sdf). Mame Ndiaye ne manque pas de plaider pour le déguerpissement de ces derniers car, dit-elle, «tout le monde ne peut pas s’entasser à Dakar».

ET LES DECHETS PLASTIQUES

Les déchets plastiques dont la durée de vie est de 300 ans sont en train d’envahir nos quartiers et nos villes et constituent une menace sérieuse pour notre écosystème. Pour éviter leur prolifération, les autorités politiques ont tout simplement décidé d’interdire l’importation, la distribution et la commercialisation des sachets en plastique. La loi a été votée le 21 avril dernier et il ne reste plus que sa promulgation.

ACCRA, KIGALI, DES EXEMPLES DE PROPRETE

Le Sénégal pays de la Teranga, par l’hospitalité légendaire de sa population chantée sur tous les toits, a cependant de grands efforts à faire en matière de propreté afin de rendre attrayante la destination Sénégal à l’image de certaines capitales de la sousrégion. La capitale du Ghana, Accra, est sans doute l’une des villes les plus propres du continent. Et le visiteur qui y arrive, surtout en provenance de Dakar est vite frappé par la propreté de la cité. Les rues sont toujours propres même si l’on ne voit quasiment pas de poubelles déposées dans les différentes artères comme chez nous. Aussi, le marquage strict des rues et avenues ainsi que les façades des bâtiments toujours bien peintes rehaussent-ils l’expression de propreté globale. Mais plus que la propreté ambiante dans la rue, c’est l’attitude de la population vis-à-vis de la propreté qui frappe le visiteur. Personne ne s’aventure à jeter de la saleté, même pas un bout de papier dans la rue. Et la force publique est là pour y veiller. Dans la rue, la police en dehors de sa mission régalienne, veille aussi à la propreté de la voie publique et tout récalcitrant le paie cash. Lors de la Can 2008 dans cette ville, un confrère fidèle à nos vieilles habitudes sénégalaises, avait jeté du taxi, la peau de banane qu’il venait de manger. Le taximan a freiné brusquement avant de faire marche arrière jusqu’à hauteur de la peau de banane qu’il a ramassée. Il a ensuite repris sa route avant de déposer la peau de banane à la première poubelle trouvée. Après quoi, il a indiqué à l’endroit du journaliste que cette pratique est interdite dans la ville. À le croire, si les policiers avaient vu le geste, c’est lui-même, le chauffeur qui répondrait de cet acte.

À Kigali, capitale du Rwanda, un des plus pauvres pays d’Afrique, la propreté est frappante, au point de ravir la vedette à Accra. Dans les rues, pas la moindre saleté. La propreté est telle qu’un visiteur se gênerait à jeter un mouchoir usité, ou un emballage de bonbon par terre. Les caniveaux, contrairement à ce que l’on voit chez nous, sont en permanence curés et propres. Outre Accra et Kigali, la capitale Burkinabè, Ouagadougou, est également une ville propre. Lomé, la capitale togolaise et Malabo la capitale de la Guinée Équatoriale sont aussi des exemples de salubrité. Pourtant, ces villes à l’exception de la capitale du Ghana, n’ont pas plus de moyens que la capitale de la Teranga. Si ce ne sont la discipline et le respect voués à leur cadre de vie et à l’environnement.

MADANI SY, SECRETAIRE NATIONAL DU SYNDICAT DU NETTOIEMENT «LE SENEGAL NE POURRA JAMAIS EMERGER DANS LA SALETE»

Très en verve dans la lutte pour les intérêts des travailleurs du nettoiement, Madani Sy secrétaire national du syndicat du nettoiement, par ailleurs président de la mutuelle d’épargne et de crédit des travailleurs du nettoiement insiste sur l’insalubrité qui, dit-il, découle de la responsabilité partagée de nos concitoyens. Pour les besoins du Sommet de la Francophonie, il y avait une convergence autour du secteur du nettoiement pour donner à la capitale un visage reluisant. Cette union des forces autour du secteur du nettoiement a vite régressé après le Sommet de Dakar. Une démission de l’autorité politique qui exaspère le patron du syndicat du nettoiement. «On dirait qu’on attendait la fin de la Francophonie pour revenir à de vieilles habitudes. Tout est politisé au Sénégal», fulmine le premier agent du nettoiement. Ainsi, malgré tous les efforts consentis par ses camarades partout dans Dakar, le visage de la capitale reste hideux. «Plus de 250 bennes tasseuses sillonnent les quartiers et ramassent les ordures, mais on a l’impression que la ville devient de plus en plus sale. Il y a une indiscipline notoire d’une certaine frange de la population qui ne fait que dégrader l’environnement, malgré le code de l’hygiène et de l’environnement. Il y a un manque d’autorité et une guéguerre entre l’État central et les collectivités locales car depuis que Khalifa Sall a remporté les dernières élections locales à Dakar, il ne fait que recevoir des peaux de bananes», sérine Madani Sy qui appelle à un changement de comportement responsable afin d’avoir un cadre de vie attrayant.

«ON DIRAIT QUE L’ETAT A PEUR DE REPRIMER»

Se faisant plus dur, le patron du syndicat du nettoiement invite à des mesures répressives pour décourager ce «comportement irresponsable» de nos concitoyens vis-à-vis de notre cadre de vie. «Il faut réprimer, car le dépôt d’ordures sur la voie publique constitue un délit, malheureusement les gens ne font que négocier, il y a trop de «masla» dans notre pays. L’État est attentiste, on dirait qu’il a peur de procéder à la répression. Quand un État a peur des populations, c’est grave. Ceux qui dégradent l’environnement doivent être sanctionnés comme nous le faisons d’ailleurs au niveau du secteur du nettoiement. Il y a un corps de contrôle qui est mis en place par rapport aux absentéistes, car c’est nous qui sommes sur le terrain qui devons donner le bon exemple pour un changement de comportement responsable», plaide Madani Sy qui ajoute : «Il faut également des moyens car le Sénégal ne pourra jamais émerger dans la saleté. Pour un Sénégal émergent, il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et créer un cadre de concertation qui permette de régler tous les problèmes, car comme dit l’adage, tout ce qui est fait pour toi sans toi est fait contre toi», souligne-t-il avant d’appeler à un changement de comportement responsable qui passe par une campagne de sensibilisation, des spots publicitaires et surtout insister par rapport à la logistique car, dit-il, on ne peut pas faire travailler des techniciens de surface dans la précarité, sans matériels ni rien. «Le travail du nettoiement a constamment besoin d’être équipé». Il a par ailleurs dénoncé la collecte des ordures par les privés (les charretiers). Selon lui, ces derniers favorisent les dépôts sauvages sans être inquiétés malgré l’arrêté préfectoral. «Ceux qui votent les lois sont ceux qui les transgressent», se désole-t-il avant de rappeler que le secteur du nettoiement attend une gestion inclusive, participative et globale des autorités étatiques.

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