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Mgr Peter Kodwo Appiah Turkson : « François se fait l’interprète des victimes de la crise écologique »

Accueil / changements climatiques / international / 30 juin 2015

Le 18 juin, le pape a rendu publique une encyclique consacrée à l’écologie. Président du Conseil pontifical Justice et Paix, le cardinal ghanéen, qui a participé à l’élaboration du texte, répond à Jeune Afrique.

Créé cardinal en 1992 par Jean-Paul II, l’ancien archevêque de Cape Coast a été nommé par Benoît XVI à la tête du Conseil pontifical Justice et Paix en octobre 2009 – il avait été, peu de temps auparavant, rapporteur général du synode africain. Depuis, Peter Turkson, 66 ans, porte la voix de l’Église catholique sur les questions sociales, environnementales et économiques. Pour la rédaction de sa nouvelle encyclique, le pape François a fait appel à de nombreux experts et scientifiques, dont le cardinal ghanéen, qui, avec son équipe de Justice et Paix, a écrit une première ébauche de Laudato si’ (« Loué sois-tu », titre inspiré du cantique des créatures de saint François d’Assise). Le 18 juin, il a participé à la présentation de l’encyclique dans la salle de presse du Vatican.

Jeune Afrque : Le pape François est-il dans son rôle en évoquant le climat et l’environnement ?

Mgr Peter Turkson : C’est la crise écologique actuelle, son urgence et son évolution rapide qui justifient l’intervention du pape, bien que le climat et l’environnement semblent, à première vue, ne pas relever du domaine moral. Il est inacceptable qu’un problème d’une si grande importance pour le présent et le futur de l’humanité soit laissé aux scientifiques et aux hommes politiques. François veut donc susciter un dialogue entre les diverses traditions, scientifiques, politiques, économiques, culturelles, philosophiques, mais aussi théologiques. Étant le chef spirituel d’une religion qui représente plus de 1 milliard d’habitants de cette planète, il a le droit d’élever sa voix au nom de l’humanité et de la création, qui gémit de douleur.

Est-ce la première fois que l’Église se prononce sur l’écologie ?

Non, puisque les papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous abordé cette question sous un angle précis. À cela s’ajoutent les enseignements qui nous viennent de la tradition judéo-chrétienne, donc essentiellement de la Bible, sur tout ce qui concerne la création. Selon cette tradition, Dieu a créé l’homme, l’a placé dans un jardin avec d’autres créatures et lui a donné une mission précise : cultiver et soigner ce jardin avec tout ce qu’il contient. En revanche, c’est la première fois qu’un document de l’Église, en l’occurrence une encyclique, est entièrement consacré à la sauvegarde de la création, ou de ce que le pape appelle « la maison commune ».

En quoi l’autorité morale du pape peut-elle changer la donne écologique ?

L’importance de l’encyclique se faisait déjà sentir avant même sa publication. Le document était très attendu, spécialement par ceux qui ont des raisons de craindre l’intervention d’une voix si autorisée sur une question aussi sensible. Le fait que le pape porte ce débat sur la place publique et qu’il se fasse l’interprète d’innombrables victimes de la crise écologique ne peut plus laisser les protagonistes de ce drame indifférents.

Les responsables politiques et économiques ne peuvent plus se soustraire à l’examen de leurs responsabilités.
Je pense que les responsables politiques et économiques, ceux des institutions financières internationales en particulier, voire des multinationales et autres entreprises qui s’enrichissent sur le dos des pauvres en pêchant dans des eaux troubles ne peuvent plus se soustraire à l’examen de leurs responsabilités. Ils doivent trouver les moyens de prendre soin de la maison commune, avec le souci de léguer aux générations futures un environnement sain et durable. C’est une question fondamentale de solidarité et de justice. Et cela exige un processus éducatif pour tous, ainsi qu’un changement des comportements et des styles de vie.

L’encyclique souligne la responsabilité des pays développés dans la dégradation de l’environnement. Est-ce une bonne nouvelle pour l’Afrique ?

Certes, les pays développés ont une grave responsabilité dans la dégradation de l’environnement des pays en voie de développement, souvent avec des complicités locales, et cela a des coûts que ces derniers, spécialement en Afrique, ne peuvent supporter. Voilà pourquoi le pape appelle à « une nouvelle solidarité universelle ». Cette approche solidaire devrait interpeller les pays développés et les obliger à prendre les mesures qui s’imposent pour y remédier. L’Afrique est le continent où les « péchés écologiques », les crimes contre l’environnement sont commis au vu et au su de tout le monde, dans l’indifférence générale. Il est donc heureux que le problème soit soulevé par la plus haute autorité de l’Église, qui joint sa voix à celles de nombreuses conférences d’évêques d’Afrique et d’ailleurs.

Jeuneafrique


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