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Prolongement de la VDN, cimetières de Guédiawaye, nouvelles cités, etc. : Peur bleue sur le littoral

Accueil / 3 juillet 2015
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Avec une longueur de 7 km, la façade maritime de la ville de Guédiawaye abrite un périmètre de reboisement composé de filaos et de dunes défigurées par les activités de l’homme.

Mais, le littoral subit des agressions humaines qui risquent bouleverser la vie à Guédiawaye dans un avenir proche. L’extraction du sable marin, les dépôts d’ordures, la coupe de bois, le déclassement de plusieurs hectares pour la construction de cimetières et des cités annoncent des lendemains chaotiques dans cette partie de la banlieue. Les souvenirs tragiques de Thiawlène ont été curieusement effacés des mémoires.

Le décor est sinistre. A la lisière de la bande à filaos, le constat est patent. Les filaos sont espacés. Dispersés sur le site dunaire, les quelques-uns au tronc sec sont des restants d’un rideau vert en voie de disparition. Le soleil est presque au zénith. Ses rayons pénètrent l’espace arbustif. Les ordures ménagères jonchent le sol. Viciant l’air, les cadavres d’animaux pourris sont éparpillés par endroits. A côté de cette image peu reluisante, un élève révise ses leçons au pied d’un filao qui menace de tomber sous le poids de l’âge.Vêtu d’un tee-shirt blanc trempé de sueur, Abdoulaye Ndiaye s’étire sur le sable souillé de la plage de Guédiawaye. Son regard perce cette forêt de filaos qui se clairseme sous ses yeux rougis de fatigue. Il crie son désespoir : «Aujour­d’hui, les populations des cités (Enseignants, Hamo 4, 5, 6, etc.) sont complètement abattues et désorientées car, depuis quelques années, une destruction massive des filaos a été opérée. Toutes les dunes de sable qui les supportaient et servaient de rideau protecteur à notre habitat, sont décapées et le sable chargé dans des camions et vendu.» Vivant à Hamo 4, il constate l’avancée de la mer qui ne fait plus face à aucun filet de défense. Avec ses camarades, il emprunte les ruelles défigurées menant à la plage. Selon lui, cette pratique met en péril leur cadre de vie. Face à cette dégradation avancée des ressources environnementales du littoral et leur impact, par ricochet, sur la sécurité et le bien-être des populations, les riverains et autres acteurs essayent de trouver des palliatifs «durables». Les murettes en béton, les haies en pneus, les barricades en roche et les potagers clos sont des recours employés pour riposter contre ces pratiques qualifiées d’«ignobles». Jadis, le littoral abritait une bande qui faisait d’environ 120 ha composée d’une plantation de filaos. Cette espèce a été choisie parce qu’elle pouvait résister au milieu pour empêcher la brise de s’attaquer aux bâtiments avec l’effet de salinisation. Les plantations ont permis de fixer les dunes qui, aujourd’hui, ont pratiquement disparu. Elles datent des années 1960 et elles ont été plantées de Yoff à Saint-Louis sur 180 km de plage. Géographe-urbaniste, Mamadou Dieng, ancien coordonnateur d’Agenda 21 local, qui vise à promouvoir la problématique de la gestion durable, économique et environnementale (voir encadré) du littoral de la ville de Guédiawaye, aborde le sujet avec passion. Imprégné de la question, il expose les raisons qui ont accéléré la dégradation de la façade maritime. Pour lui, les gens comparaient le littoral à une forêt vierge. «Si on l’avait aménagé avec des équipements qui correspondaient un peu à la nature écologique, cela pouvait nous permettre de mieux préserver le littoral dans le but de régénérer tout ce qui était dégradé, déboisé. Nous l’avions dit à tous les acteurs concernés, notamment les populations riveraines à travers les associations de quartiers, les eaux et forêts, les différentes directions compétentes», formule-t-il avec regret. Avant de faire savoir que les gens ne s’intéressent qu’à la «politique politicienne». Les vagues viennent s’écraser sur le rivage où des jeunes et adultes font leur sport. Les stigmates de l’extraction du sable sont visibles.

Les charretiers indexésLes populations sont rouges de colère. Très remontées contre les actions pernicieuses des charretiers sur le littoral, elles les accablent : «Ils s’adonnent inlassablement à cette pratique illicite devenue monnaie courante. Parce que, pour eux, c’est une activité purement économique. Ils sont, les charretiers, des jeunes très agressifs. Parfois, ils sont armés de matraque en bois», lance une dame en montrant de la main gauche les poches du sable marin. D’après notre interlocutrice trouvée à la devanture de son domicile jouxtant la façade maritime, les charretiers ont changé de tactique. «Le plus souvent, ils viennent la nuit ou pendant la semaine quand nous sommes au travail. En tentant de s’opposer aux individus qui s’adonnent à l’extraction du sable marin ou à la coupe du bois, les habitants des quartiers côtiers courent le risque de provoquer des bagarres», avance-t-elle. Les habitants ont mis en place des systèmes d’alerte communautaires qui n’ont rien donné. Sous l’effet combiné de ces agissements nuisibles, l’environnement du littoral se dégrade. Il se manifeste par un net recul de la superficie de la forêt classée qui, annonce Mamadou Dieng, a perdu plusieurs hectares (ha). Le géographe ajoute que ce sable se renouvelle à une vitesse très lente. «Il a mis un temps géologique à se mettre en place. Donc, si on le prélève, il va prendre du temps à se reconstruire. Pratiquement, il n’y a plus de dunes à Guédiawaye. Au départ, la forêt s’étendait sur 120 ha. Aujourd’hui, à cause des activités de l’homme, il ne reste que moins de 100 ha», constate-t-il. Pour freiner l’action des charretiers, les riverains du littoral et autres militants de l’environnement ont tenté de bloquer les axes menant à la plage à l’aide de grosses pierres. Cette action ne semble pas porter les résultats escomptés : car les charretiers creusent des trous autour des pierres pour extraire le sable marin. M. Fall, trempé de sueur, pelle à la main, charge sa charrette à la hâte. Accompagné de deux jeunes, il explique : «La charge coûte 3000 à 3 500 F Cfa. On vend la charge de camion à 50 000 F Cfa. Et, parfois, la police confisque nos charrettes. Et on paie 100 000 F Cfa pour pouvoir la récupérer. Mais ils ne gardent pas le cheval parce qu’ils n’ont pas le temps de le nourrir.» Toutefois, M. Fall et Cie sont conscients du travail illégal auquel ils s’adonnent sur le littoral pour se faire de l’argent. «On le fait parce qu’on n’a pas le choix. C’est mieux que d’aller agresser les gens qui, eux aussi, travaillent à la sueur de leur front», se défendent-ils, avant de prendre le chemin de la sortie.

Six mille pieds de filaos emportés par la VdnLa troisième section de la Voie de dégagement nord (Vdn), longeant la côte ouest jusqu’à Tivaoune Peulh, ne laisse pas indifférents certains habitants de cette banlieue de Dakar. Mamadou Dieng et ses camarades indiquent qu’il fallait s’attaquer à la gestion du littoral de Guédiawaye qui, estiment-ils, est une zone située entre les habitats et la mer. «Elle part des cités Hamo, Atepa, Gadaye, etc. C’est vrai que la route va améliorer la mobilité urbaine. Mais, malheureusement, de Guédiawaye à Malika, ils ont eu à déboiser 6 mille filaos à cause de la Vdn. Donc, ils ont amplifié le déboisement des filaos», observe M. Dieng. Il ajoute que 50 millions de F Cfa ont été prévus pour reconstituer ce qui a été déboisé. «Aujourd’hui, sur le terrain, on ne constate pas ce qu’ils ont fait comme reboisement. Pourtant, il était question, dans l’étude d’impact que les gens ont eu à faire, de renouveler les filaos déboisés», fait-il remarquer. Selon Ibrahima Sarr, chef du projet, une bonne partie de la bande située dans cette zone va disparaître. Pour faire face au déboisement, il informe qu’un protocole d’accord entre les forestiers et les entrepreneurs a été signé. D’après lui, il s’agit d’une pépinière qui sera aménagée quelque part dans le département de Guédiawaye. Celle-ci, annonce-t-il, va permettre aux agents des Eaux et forêts de régénérer cette bande verte qui est vieille de plus de 40 ans. A cause des vagues qui se déchaînent avec violence sur le littoral, le géographe urbaniste s’interroge sur l’opportunité de cette Vdn. «Elle sera menacée par l’érosion éolienne parce qu’ils n’ont pas pensé à faire un rideau entre la Vdn et la mer pour diminuer l’érosion marine, l’avancée de la mer. Donc, ils ont créé un désastre écologique. La route est en train d’être aménagée. Elle va bientôt être achevée. Et je demande même comment elle va résister à la furie de la mer qui avance à pas de géant chaque jour», soutient-il. La brise marine souffle sur le long du littoral. Très actifs, des individus formés de plusieurs catégories d’âge arpentent les dunes de sable et le sable marin léché par la houle. Ils viennent d’horizons divers et font plusieurs activités physiques (foot, lutte, gymnastique, etc.). A côté de ces férus de sport, d’autres viennent se promener en couple, en famille pour contempler le bleu azur. «Présentement, l’enjeu fondamental doit être la protection du littoral, l’écosystème. Le sable englobe plusieurs maladies. Les dalles des maisons s’effondrent à cause de l’effet corrosif de la mer. Et tout le monde sait que nous construisons à partir de matériaux (fer) qui ne sont pas adaptés par rapport à l’environnement marin. Donc, il faut que les autorités prennent des mesures hardies le plus rapidement possible», ahane le responsable d’une association environnementaliste basée à la cité des Enseignants. Dans ses propositions, il opte pour la mise en place d’une gestion participative dont la finalité est de protéger la bande verte. Pour lui, les autorités locales actuelles doivent fouiller l’agenda 21 pour essayer de voir les solutions durables à prendre par rapport à la protection du littoral.


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