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Le mur de séparation mord le poumon vert de Jérusalem

Accueil / international / 5 septembre 2015

Une nouvelle portion de la barrière séparant Bethléem et Jérusalem va bientôt couper en deux la vallée de Crémisan au sud de la cité sainte. Colère de villageois palestiniens

Vues de Gilo, l’un des «nouveaux quartiers» de Jérusalem érigé à partir des années 1970 sur des terres confisquées aux Palestiniens, Bethléem et le village palestinien voisin de Beit Jala ressemblent à une carte postale. Dans le soleil couchant, on a l’impression de pouvoir les rejoindre à pied en passant par la vallée de Crémisan plantée de 200 hectares de vignes et d’oliveraies. Mais ce n’est qu’une illusion car le 19 août, le Ministère israélien de la défense a entamé de nouveau travaux visant à achever le «mur de séparation» qui coupera définitivement ce poumon vert en deux.

Lancé par le gouvernement d’Ariel Sharon en 2002, c’est-à-dire en pleine seconde Intifada, le chantier pharaonique de 712 km n’est toujours pas achevé treize ans plus tard. Autour de Jérusalem, il se présente sous la forme d’une paroi en béton de huit mètres de hauteur qui coupe tout ce qui se trouve sur son passage.

Selon les calculs initiaux des topographes militaires israéliens, cette muraille aurait donc dû couper en deux le poumon vert de Jérusalem. Le couvent salésien et son école accueillant 400 élèves se seraient retrouvés du côté palestinien du mur, et le monastère ainsi que ses vignes du côté israélien. Un drame pour la population chrétienne de Beit Jala (75% du village) ainsi que pour les agriculteurs de la région, qui auraient alors rencontré les plus grandes difficultés à cultiver leur terre.

Mais ils ne se sont pas laissé faire. Soutenus par l’Autorité palestinienne (AP) et surtout par le patriarcat latin de Jérusalem ainsi que par des ONG chrétiennes de défense des droits de l’homme et par le Vatican, ils ont entamé une longue procédure devant la Cour suprême de l’Etat hébreu.

«Sans violence
mais avec détermination»

En janvier 2015, trois mois après que les magistrats eurent ordonné au Ministère israélien de la défense de modifier le parcours de l’ouvrage à Battir, un autre village palestinien connu pour ses cultures en terrasse datant de l’ère romaine, les habitants de Beit Jala ont également obtenu gain de cause. «L’annonce de ce jugement a provoqué un moment de ferveur extraordinaire», se souvient Eliza De Herdt, une jeune volontaire européenne venue soutenir les Palestiniens en effectuant un travail associatif. «Sans violence mais avec détermination, les habitants de Beit Jala avaient donc réussi à faire plier l’Etat hébreu, vous vous rendez compte!» Et de poursuivre: «Ils croyaient alors être quittes de cette affaire. Du moins, que les Israéliens comprendraient la spécificité de cette vallée extraordinaire dans laquelle les Frères produisent les Côtes de Crémisan, l’un des meilleurs vins de Palestine. Hélas, ils se trompaient sur toute la ligne.»

De fait, la Cour suprême a d’ailleurs revu son jugement en juillet dernier et le 19 août, des engins mécaniques protégés par des soldats de Tsahal (l’armée israélienne) sont apparus à Beit Ona, une zone de la vallée de Crémisan, pour commencer à y déraciner une cinquantaine d’oliviers millénaires.

«Bien sûr, après le revirement de la Cour, nous nous attendions à ce qu’ils débarquent un jour. Mais lorsque j’ai entendu le bruit horrible de ces machines un beau matin vers 9 h, j’ai cru que mon cœur allait exploser, raconte Issa, l’un des propriétaires spoliés par le chantier du mur. Alors oui, j’ai pété les plombs et je me suis battu à mains nues avec les soldats.»

En vérité, l’incident était surtout symbolique. Il n’a pas duré longtemps parce que les habitants de Beit Jala ne sont pas des violents. D’ailleurs, depuis 2011, c’est en organisant une messe sauvage chaque vendredi au milieu des arbres de la vallée qu’ils protestent. Pas en lançant des cocktails Molotov.

«Punir» le Vatican

En général, l’office se déroule à 15 h 30 très précises parce que ce serait à cette heure-là que le Christ aurait été tué par les Romains. Mais depuis que les bulldozers israéliens sont entrés en action, Aktham Hijazin, curé de Beit Jala, organise également une messe tous les matins, sous une tente. «On sent poindre le désarroi et une immense colère dans le cœur de nos fidèles, lâche-t-il. Pourquoi devraient-ils accepter de se faire chasser de terres que leurs ancêtres et les ancêtres de leurs ancêtres cultivaient déjà. Où est la justice là-dedans?»

Lorsque le mur de séparation sera achevé sur son nouveau tracé, le couvent, l’école et le monastère salésiens ainsi que leurs terres se retrouveront en Israël. Quant aux agriculteurs chargés de les cultiver, ils resteront du côté palestinien. «Ils vont se heurter à d’immenses difficultés bureaucratiques chaque fois qu’ils devront passer d’une zone à l’autre, je les plains», soupire Eliza De Herdt.

Les habitants de Beit Jala estiment en tout cas qu’Israël n’a pas durci le ton à leur égard par hasard. A les en croire, Jérusalem voudrait par ce biais «punir» le Vatican de s’être rapproché de l’Autorité palestinienne en signant un accord avec lui en mai dernier. «De toute façon, l’occupant ne nous fera pas plier quoi qu’il fasse», jure Issa, le propriétaire spolié. «Lors de son dernier pèlerinage en Terre sainte, le pape François nous a montré publiquement son soutien, n’est-ce pas la meilleure des protections?»

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