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Inondations au Sénégal: causes,conséquences et solutions

Accueil / catastrophe / changements climatiques / opinion / 22 septembre 2015

Depuis belle lurette, depuis plus d’une décennie, notre pays est touché en pleine figure par des inondations récurrentes dont les solutions définitives tardent à venir.

A partir de 2005, les populations des banlieues dakaroises et d’autres villes vivent dans le calvaire quasi quotidien, à la tombée de la première goutte de pluie jusqu’à la fin de l’hivernage.

Certes, Les inondations sont des phénomènes naturels, résultat de l’abondance des pluies et conséquence, ces dernières années, du changement climatique qui sévit dans le monde. Cependant, son ampleur catastrophique et destructive sont, généralement, imputés à l’homme.

Pour appréhender la responsabilité de l’homme sur les inondations à Dakar, il faut remonter à la période des sécheresses cycliques, les années soixante dix et quatre vingt, pendant lesquelles le monde paysan a vécu le pire cas pour sa survie à cause de la destruction de l’écosystème.

La dégradation des terres arables et du pâturage pendant ces années ont poussé les habitants de la campagne à émigrer vers les villes en quête d’une vie meilleure, et à assouvir leurs aspirations. Ce phénomène est défini sous le vocable d’exode rural.

Ces gens-là ont déposé leur balluchon dans les villes afin de s’insérer dans la vie citadine tout en préservant leur comportement.

Mais force est de reconnaître que les villageois veillent incontestablement à l’hygiène de leur corps et à la propreté de leur maison. Les femmes se lèvent jadis au premier chant du coq pour passer un coup de balai dans la cour de la maison, et jeter les ordures derrière les concessions ou au bord des routes. Ce comportement autant apprécié par les étrangers est incompatible avec la canalisation des villes, pour éviter d’obstruer les égouts.

Au Sénégal, les principales causes des inondations sont inhérentes au comportement humain du fait que la terre à usage d’habitation demeure un objet de convoitise entre les quatre acteurs qui agissent sur elle à des fins différentes.

1. L’Etat: les gouvernements passés et actuel ont cherché et cherchent encore vaillamment des terres pour y recaser les sinistrés.

Le problème est que, même si c’est l’Etat qui choisit les sites pour des raisons sociales, la construction des logements est, souvent, confiée à des sociétés privées nationales ou étrangères à caractère commercial qui en tirent des profits soit par l’octroi gratuit du terrain, soit par l’exonération des taxes et parfois par les deux.

Il faut signaler que par le simple souci de loger les sinistrés pour calmer et inhiber l’ardeur et la colère des populations, les sites de recasement ne sont pas, souvent, bien emménagés et bien assainis. Plusieurs sites sont dépourvus d’infrastructures de base comme des voiries internes bitumées, de bonne canalisation, d’addiction d’eau et de l’électricité bien répartie dans les concessions. Ils manquent également d’école, de structure de santé, de marché, de lieux de culte et de loisir, des routes goudronnées pour accéder au site. La liste est longue.

Le manque de ces infrastructures de base fait que les déplacés, même s’ils sont sauvés des eaux, vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Il s‘ajoute à cela, la nouvelle cohabitation entre certaines familles venues d’horizons divers, ce qui fait que les gens se regardent dans la méfiance, dans un premier temps, avant de se connaître progressivement en catimini.

2. L’autorité locale : il s’agit des communes rurales ou urbaines qui agissent sur la terre en procédant à des lotissements et à des attributions de parcelles aux ayants droit, dans le cadre de la décentralisation mise en application depuis 1972, et du transfert de nouvelles compétences aux collectivités locales depuis 1996. Cette autorité agit souvent, pour avoir des recettes tirées des droits de bornage, afin de pouvoir fonctionner.

Il ressort de cette politique que, vu l’intensité du lotissement des terrains dans les années passées, beaucoup de communes ne disposent plus de terre par conséquent, elles se rabattent à la réaffectation des parcelles avec des frais de mutations plus élevés.

Il est constaté également que certaines communes ne tiennent pas en compte l’habitabilité des terrains lors de leurs propres lotissements et/ou de ceux autorisés soit aux promoteurs, soit aux propriétaires des champs de culture transformés à usage d’habitations.

Certaines communes urbaines qui ont hérité les installations coloniales ne se soucient même pas de rependre ces canalisations très vétustes. C’est le cas de la Médina où à chaque grande pluie l’Avenue Blaise Diagne, devient impraticable au niveau du stade Iba Mar Diop, pendant des heures. Comme réalisation, l’équipe municipale n’a fait que construire une rangée de briques sur la bordure du canal central avec des barres de fer courbées alors que beaucoup d’égouts brisés restent depuis des années à ciel ouvert à côté de dépotoirs d’ordures. Le constat est le même au canal de Gueule Tapé qui devient, dans sa partie attenante à la Maison Dabakh, une rivière à chaque pluie.

A Kaolack, par exemple, les populations guettent la mer et suivent pas à pas avec leur pelle et truelle pour construire des cabanes sur toute portion libérée en circonstance par la mer.

La commune de Tivaouane s’agrandit autour de la cité religieuse, Ndiassane, qui mène une lutte à mort pour ne pas devenir un quartier de sa sœur, la ville de Maodo.

La zone des ‘’Niayes’’ avec ses palmiers et ses filaos constitue la ceinture verte de Dakar, mais, hélas, les stigmates des agressions y sont perceptibles partout.

Dans plusieurs endroits submersibles de la commune de Diamniadio, on aperçoit dans les dépressions, les bas fonds et les ravins, les bornes des lotissements plongés dans l’eau, mais les fondations des maisons se font en forme d’équerre disposées à la verticale pour niveler la terre.

Tous ces exemples et tant d’autres se passent au vu et au su des autorités étatiques et communales, dans la passivité.

3. Le Promoteur immobilier : c’est un acteur économique. Il achète des terres auprès des ‘’fermiers’’ pour les morceler et les revendre aux particuliers et/ou aux coopératives d’habitat. Le fait que la vente se fasse en termes de superficie et non par parcelles, le promoteur morcelle cette superficie sans tenir compte, souvent, des lieux qui sont topographiquement inhabitables.

4. La coopérative d’habitat: les coopératives d’habitat sont attributaires des sites et/ou des parcelles, souvent, par l’intermédiaire d’un promoteur. Les coopératives ont une vocation sociale. La plupart des gens qui les gèrent, méconnaissant le foncier et la ruse des autres acteurs, ne trouvent pas nécessaire de vérifier la situation et la nature topographique du site à acquérir. Ceci fait qu’il arrive qu’un membre soit déçu de par la mauvaise position de la parcelle dont il est attributaire.5. L’urbanisation galopante : Si l’urbanisme est un art, une conception, une science, l’urbanisation demeure la manière de donner un corps à cet art selon la culture sociale du milieu, la nature des matériaux de construction disponibles, la topographie du terrain, la fourchette financière dont disposent les gens, et plus ou moins, le rythme de l’accroissement du taux de natalité des populations, la démographie, etc.

Tous ces éléments constituent le soubassement du plan d’urbanisme adopté par une autorité compétente pour une période donnée.

Le pouvoir colonial a été très vite sensible à ce problème en dotant Dakar d’un plan d’urbanisme en 1923 alors que «…sa superficie n’atteignait pas celle d’un arrondissement de Paris et il n’y avait que quarante-cinq mille habitants » (cf. Charles-Henri Pavrod, 1958, le poids de l’Afrique : le Sénégal et le Soudan, pp.48).

Ce qu’il faut noter ici avec chagrin, c’est l’urbanisation ‘’horizontale’’ qui s’étend sur une dizaine de kilomètres à Mbour, à Touba ou ailleurs. Si ce rythme continue Dakar sera bientôt relié à Mbour, à Mboro et à Thiès, au détriment de la vulnérabilité de l’écosystème notamment dans la zone marécageuse des ‘’Niayes’’ rien que pour le souci de satisfaire les populations sous le slogan ‘’un Sénégalais, un toit’’.

Ce phénomène, qui semble être non maitrisé et non contrôlé du point de vue environnemental aura, dans les années à venir, des conséquences néfastes sur la production maraichère et agricole et sur la santé publique.

Pour amoindrir l’agression subie par l’écosystème, il est nécessaire d’adopter une urbanisation ‘’verticale’’, en respectant toute les normes requises pour la vie sociale des Sénégalais et économiser plus d’espaces pour les générations futures.

La beauté d’une ville moderne n’est pas dans sa superficie, mais dans la hauteur harmonieuse de ses bâtiments. Dakar perd sa beauté tant enviée de par la vilaine vue de sa banlieue. Ce triste constat se manifeste en empruntant l’autoroute à péage où on voit à perte de vue des maisons inachevées et éparpillées partout. Pour enrayer et trouver des solutions aux inondations, il faut qu’il y ait une synergie de concertations permanentes entre les quatre acteurs susmentionnés. Les milliards de francs CFA dépensés pour lutter contre les inondations sont presque vains car l’ampleur du problème s’amplifie d’année en année.

Au Sénégal, nous aimons beaucoup donner des chiffres colossaux dans l’énumération des réalisations des projets, mais sans un contrôle efficace et un suivi permanent. Ce qui fait que nous tournons en rond pour refaire la même chose, gaspillons beaucoup d’argent et perdons beaucoup de temps pour rien. Il ne suffit pas de créer de nouveaux quartiers sans veiller à son assainissement «Etrange Afrique, Tout est extrême sur son sol déshérité : invasion de sauterelles, d’oiseaux, du sable ou de la forêt. Non seulement, il faut tout y créer, mais tout y défendre’’ dit-Charles-Henri Pavrod.

C’est pourquoi, il ne suffit guère de recaser les sinistrés et de les laisser en rade dans des conditions précaires, mais il faut que tout le monde respecte la bonne conduite et l’ordre public pour préserver le bien être commun. Il faut libérer les zones submergées non pas pour agresser l’écosystème dakarois, mais pour créer des conditions optimales permettant aux populations de retourner à leurs terroirs. Il y a un autre problème qui ternit l’image de marque de notre pays et anéantit tout effort consenti, c’est l’incivisme des Sénégalais qui atteint une ampleur inquiétante à tous les niveaux et dans tous les milieux, notamment dans les villes. On jette tout ce qui est entre nos mains n’importe où, on détruit le bien commun n’importe comment, on construit par tout, on occupe la voie publique et les terres par le rebus de la liberté et de la citoyenneté sous le regard impuissant ou complice de certains décideurs.

Ce comportement d’incivisme, répréhensible, complique davantage la tâche, aux autorités compétente dont les efforts sont louables, dans certaines mesures, pour lutter contre les inondations. La coopération étroite et concertée entre les acteurs qui agissent sur la terre ; l’Etat, les collectivités locales, les promoteurs et les coopératives, est plus que jamais nécessaire pour règlementer l’occupation des sites qui va de pair avec la résolution des inondations. La mise en place d’une autorité de régulation autonome et compétente, dotée de tous les moyens financiers, juridiques et institutionnels ayant un pouvoir décisionnel pour valider ou invalider des lotissements et des attributions des parcelles, sera la bienvenue.

Dr El Hadji Ibrahima THIAM PCA de la coopérative d’habitat des anciens étudiants sénégalais au Maroc


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