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Impacts de la centrale a charbon: les populations de Bargny rejettent le projet

Accueil / alarme / catastrophe / changements climatiques / energie / sante / 22 septembre 2016

Le projet de la centrale thermique de 125 MW dite de Sendou n’est toujours pas le bienvenu dans la commune de Bargny. Les populations ont rejeté en bloc les propositions formulées dans le cadre de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) et ont démonté les arguments contenus dans le plan de gestion environnementale et sociale du projet présenté par les agents de la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES). C’était à l’occasion d’une réunion d’échanges houleuse organisée hier mardi 20 septembre par la mairie de la ville pour trouver un consensus.

Les populations de Bargny, dans leur écrasante majorité, rejettent les propositions faites par la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES) pour implanter le projet de centrale thermique de 125 MW dite de Sendou à Minam. Daouda Guèye, directeur exécutif de Bargny Coast Waterkeeper, rappelant que «70% de l’économie de Bargny dépend de la mer», a signalé que le projet de la centrale est une menace pour les populations, au moment où il existe déjà un projet de reconstitution biologique qui a permis de régénérer des espèces rares comme le «thiof».

REQUISITOIRE CONTRE L’ENERGIE POLLUANTE

Selon lui, dès lors que le Sénégal a découvert du pétrole et du gaz sur son territoire le gouvernement devrait promouvoir une politique d’énergie propre au lieu d’imposer cette centrale à charbon aux populations de Bargny qui souffrent déjà de la pollution. Daouda Guèye dit ne pas comprendre pourquoi aujourd’hui on parle de 3° pour la température de l’eau qui sera rejetée dans la mer par la centrale alors qu’au début du projet il était signalé que l’eau aura une température de 10°. Pour sa part, Alioune Ndoye, notable, a signalé l’inexactitude des chiffres utilisés pour spécifier la distance entre la centrale et les habitations.

Arguant que Khelcom, site de transformation de produits halieutiques, est à moins de deux mètres de la centrale, il dit ne pas comprendre que dans le document fourni par la Compagnie d’électricité il est signalé une distance de 490 mètres. Cheikh Fadel Wade, coordonnateur des communautés affectées par la centrale, embouche la même trompette. «Les populations de Bargny rejettent tous ce projet. Nous ne le récusons pas sans raison. Nous nous soucions de notre environnement et de notre sécurité. Nous ne voulons pas qu’ils en rajoutent. Nous avons peur pour notre santé», déclare-t-il. Ibrahima Diagne, président de l’association culturelle et environnementale Takkom Jerry, fer de lance de la lutte contre l’implantation de la centrale à charbon à Bargny, avec l’appui de Lumière Synergie pour le Développement (LSD), a réitéré sa position récalcitrante contre ledit projet. «Nous déplorons la nature de ce projet. La centrale n’est pas légale car elle n’est pas conforme à la loi n°2001-01 du 15 janvier 2001 portant Code de l’environnement, ni aux règlements en vigueur dans notre pays. Les auteurs du projet sont dans une délinquance absolue. Ce que les populations de Bargny déplorent», dit-il.

LA BAD ET L’ETAT AU BANC DES ACCUSES

Selon Cheikh Fadel Wade, une plainte avait été servie à la Banque africaine de développement (BAD). «Nous avons reçu une réponse de la BAD nous confirmant la recevabilité de notre plainte. Elle avait promis d’envoyer une mission d’experts à Bargny. D’ailleurs, nous avons reçu un expert qui est venu récemment échanger avec nous», a-t-il déclaré.

Cheikh Fadel Wade a signalé que la BAD a violé ses textes dans son mode de financement. «La banque ne doit pas financer des projets qui impactent négativement sur l’économie des populations. Or, il y a plus de 1000 femmes qui sont impactées par le projet qui est implanté sur leur périmètre d’exploitation et de transformation des produits halieutiques sis à Khelcom. Ndèye Yacine Dieng, présidente de l’association pour la valorisation de l’environnement, soutient que le projet est caduc dès le début. «Les études d’impact sont caduques et ces gens viennent nous raconter des histoires. Nous sommes assez intelligents pour comprendre certaines choses. Ils ne peuvent pas nous tromper avec des propositions de RSE sans fondements. Ce projet est inacceptable. Les populations ne seront jamais d’accord», fait-elle. Latyr Seck, animateur communautaire du projet régional des pêches en Afrique de l’Ouest dans le cadre de la gestion des ressources halieutiques, a révélé que l’Etat du Sénégal a signé des accords de cogestion de ces ressources avec les communautés locales à Bargny pour la restauration des espèces. «Le fait de tirer l’eau de la mer à l’usine et de la reverser dans la mer peut avoir un impact négatif sur la gestion des ressources. Car nous avons une aire de cogestion délimitée de Khembé à Sendou, sur une distance de 4 kilomètres du rivage aux larges et de 5 kilomètres de long, dans laquelle la ressource doit être restaurée pour améliorer les conditions de vie des populations. Nous pensons que cette centrale constitue une menace pour notre aire de cogestion», avance-t-il.

Les populations de Bargny ont signalé qu’elles vont user de toutes les voies et moyens légaux pour se battre et sauvegarder leurs intérêts. Il faut rappeler que depuis le lancement du projet en 2009 les populations de Bargny l’ont rejeté en bloc. Elles estiment que cette centrale thermique à charbon va remettre leur vie en danger.

sudonline


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