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Senegal: un littoral en peril

Accueil / alarme / catastrophe / changements climatiques / erosion / 7 septembre 2015

La��hivernage 2015 laissera un grand souvenir pour tous les riverains qui vivent dans des villes mal assainies ou simplement en face de la mer. Depuis quelques semaines, si ce sont pas des ponts qui sa��effondrent sous le poids cumulA� de camions en surcharge, ce sont des traits de cA?tes qui bougent et reculent sous la pression des eaux et de la mer. DA�jA�, la semaine derniA?re, la mer en furie a dA�versA� ses fortes houles sur les cA?tes entrainant des dA�gA?ts A�normes, notamment A� Dakar (Corniche Est, Hann, Yarakh), Mbao, Rufisque, Bargny, Mbour et Saly-Portudal, avec A� la clA� des maisons effondrA�es ou englouties, des pirogues et autres matA�riels de pA?che endommagA�s. Le spectacle A�tait dA�solant, obligeant le chef du gouvernement A� effectuer le dA�placement auprA?s des sinistrA�s. Changement climatique ou pas, au moment oA? la��hivernage entame son second mois actif, il semble que les pA�rils vont se poursuivre si des mesures A�nergiques ne sont pas prises pour venir en aide A� ces gens A�tablis sur des zones parfois trA?s dangereuses pour leur vie.

1987, la pointe de Sangomar situA� au sud de la ville de Joal, perd la moitiA� de sa surface. A�SA�parA�e de la Pointe de DjiffA?re et son bel hA?tel A� la��A�poque, ce bel endroit devient tout da��un coup une A�le et une zone sinistrA�e. La fin des annA�es 80 sonne presque le glas du tourisme dans ce petit village de pA?cheurs, mettant en sursis la vie des populations de localitA�s toutes proches, la sous-prA�fecture de Niodior et la��A�le de Dionewar, qui venaient y A�couler leurs ressources tirA�es de la mer, en pA�ril. Cela ne faisait que commencer.

Les annA�es 1990, ne sont guA?re mieux avec la ville de Joal qui voit une bonne partie de son littoral et les petits villages autour comme Palmarin (Nguedji et Fakao rA�unies) partie sous les eaux. Images terribles da��un scA�nario improbable. Eux avaient vu les premiers signes da��un tsunami africain. A�Mais, la��alerte na��attire pas la��attention des autoritA�s parce qua��on est encore loin de Dakar. Or, dans cette partie du territoire national dA�crite dA?s 1848, le comte A�douard BouA�t-Willaumez, officier de marine et explorateur franA�ais comme une cA?te coupA�e par de petites riviA?res ou marigots qui viennent dA�boucher A� la mer, surtout pendant la saison des pluies, le lagunaire et le prA�caire se mA�langent.

Plus prA?s de Dakar, avant mA?me le pA�ril que connaA�t aujourda��hui, la station balnA�aire de Saly et le littoral mbourois, ce sont les cimetiA?res de Rufisque A�et les quartiers de MA�rina, Keuri kaw, Diokoul, ThiawlA?ne qui sont envahis par la mer encore, au milieu des annA�es 1990 avec des ossements humains qui sortent de la��eau. LA� aussi, ca��A�tait encore la mer qui venait de charger. 1986-2000-2015, quand on en parle sans regarder en arriA?re, la��impression est que le risque et les catastrophes naturels ne se passent qua��A� un certain moment de la vie. Et, tout da��un coup, criant au secours, les populations ameutent la presse pour crier au scandale ; mais qui est le vA�ritable responsable de ces phA�nomA?nes ? Pourquoi la mer charge-t-il le continent ?

Le plus fataliste vous expliquera les raisons, en invoquant Dieu le tout puissant. Le chercheur et le spA�cialiste de ces ouragans, typhons, cyclones ou tempA?tes tropicales vous diront eux que les causes parce qua��il y en a beaucoup, ce sont bien entendu, la��homme et ses imprudences. MA?me si la nature et ses effets sur la vie des gens, ne peuvent A?tre totalement exclus. La��histoire de la mer qui monte remonte A� bien plus loin depuis la fin du 19 A?me siA?cle, mais ca��est nul doute grA?ce A� la photo satellite qua��on a remarquA� la��avancA�e de la mer sur le continent.

Sur le littoral atlantique, comme sur le Pacifique, la mer monte tout le temps avant de redescendre des fois A� son niveau normal ; mais aprA?s que de dA�gA?ts causA�s sur les habitations, les cultures, le fragile A�cosystA?me littoral. Au SA�nA�gal, dans la ville de Saint-Louis, le village de Guet Ndar a vu nombre de ses habitations en dur sombrer dans la mer.

UN PAYS ENTRE FLEUVE ET OCEAN : La��alerte a A�tA� donnA�e par le Magazine A�ThalassaA�

Le magazine de France 3, Thalassa A�du mois da��octobre 2014 dans un documentaire intitulA� A� Le SA�nA�gal entre fleuve et ocA�an A� prA�sentA� par la��inspirA� Georges Pernoud avait encore sous les A�clairages de Haidar El Ali, avait attirA� la��attention sur les risques A�normes qui pesaient sur cette partie du nord du pays. En vain apparemment. Les images A� couper le souffle, des solutions quasi inexistantes face A� un problA?me da��une telle ampleur ; mA?me la��ancien ministre de la��environnement, demeurait impuissant, est restA� dans un descriptif sommaire qui na��apportait rien de nouveau au nouveau.

Au SA�nA�gal, nombre de villes sont aujourda��hui A�tablies sur des sites A� risques : Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Mbour, Joal, Kaolack et les A�les du Saloum, A�au loin de la Casamance de la��A�le de Karabane au Cap Skirringa�� On ne finit pas le dA�compte. Et si ce na��est pas la mer qui charge, ce sont les pluies qui coupent des ponts ou A� chassent A� les populations mal installA�es dans des villes A� risques et sur des zones non constructibles. De SA�dhiou A� VA�lingara en passant par Ziguinchor, Kaffrine, Tambacounda, Bakel, aucune de ces villes ne dispose da��un assainissement correct. Aujourda��hui, une grande ville comme Mbour est sous les eaux depuis plus da��un mois et sur ses anciennes belles rues, si on peut encore leur octroyer ce pseudo.

Ce long panorama a donnA� une belle image de ce pays enfoui par certains pans de son finage dans la mangrove (en Casamance), dans les estuaires ( au Saloum), les embouchures dans la vallA�e du fleuve pour da��autre. Mais, il sa��agit bien de zones prA�caires. Du changement climatique et de la��avancA�e de la mer, trois regards de chercheurs et da��un dA�fenseur de la nature en la personne de Mamadou Mbodj, prA�sident de la��association sA�nA�galaise des amis de la nature, sa��y sont posA�s et na��ont pas suffi. La mer bouscule les pointes de DjifA?re et de Sangomar et de DjiffA?re depuis la��annA�e 1986. Et cela, tous les trois la��avaient prA�dit. Le professeur Madiagne Diagne, brillant agro-climatologue aujourda��hui disparu fut la��un des plus actifs. A�Isabelle Niang et Pape Goumba LO, la premiA?re du dA�partement de gA�ologie de la facultA� des sciences et le second gA�ologue A� la��Institut des sciences de la terre (Ist) de la��UniversitA� de Dakar, ont A�tA� les premiers A� sa��intA�resser A� cette avancA�e du trait de cA?te sur le continent.

Aujourda��hui, sur les 10.000 km de cA?tes que compte la��Afrique de la��ouest A� travers un ensemble de 11 pays, le SA�nA�gal na��en dispose que de 700 presque toutes plus exposA�es les unes que les autres. A�Sur le littoral de cette partie du territoire la plus fragile face au changement du climat, Mamadou Mbodj explique que le phA�nomA?ne sa��est aggravA� avec la disparition des A�cosystA?mes de mangrove. A�La faute, selon lui, aux hommes et femmes qui venant chercher des huA�tres ne se gA?naient pas A� abattre les pieds da��avicenna ou de rhizophora pour leur propre plaisir.

Pour le professeur Pape Pape Goumba LA?, la premiA?re consA�quence de la��extraction du sable marin, serait la��A�rosion cA?tiA?re. Babacar Diop, responsable du conseil rural de Dionewar na��hA�sitera pas A� un moment pour dire que A� Le risque, ca��est de voir disparaA�tre les A�les du Saloum. Il y a eu certes une prise de conscience avec la rupture de la Pointe de Sangomar, mais mA?me avec la rationalisation de la��exploitation des huA�tres, la nA�cessitA� de protA�ger ces zones fragiles est devenue une urgencea�� A�
En revenant un peu plus au centre du pays, la station de Saly, est aujourda��hui sous la menace des eaux. La��installation de digue autour de certains hA?tels na��a pas suffi pour arrA?ter la mer. Aujourda��hui, toute la station est sous la menace de la��eau depuis le Savanah jusqua��A� TA�ranga qui ont perdu une bonne partie de leur plage. Dans la ville de Dakar, Yarakh et la baie de Hann sont encore bien plus exposA�s. Et, les populations dans le dA�sarroi se sont mobilisA�es derriA?re une petite association dite des populations victimes de la mer. Chose qui na��empA?chera pas la mer de sa��agiter sur les habitations situA�es dans sa zone da��emprise et sur les plages plus proches.

Purchase entocort budesonide DJIFERE-SANGOMAR : Deux pointes mythiques coupA�es en deux

La rupture de la pointe de Sangomar est la��aboutissement da��un processus naturel vieux de quelques millA�naires1, dA�jA� remarquA� par les marins. En 1891, A�on constatait ainsi que la pointe avait A�tA� rognA�e de 25 A� 30 m depuis 18862. Au XXe siA?cle plusieurs ruptures sont signalA�es en 1909, 1928, 1960, 1970. De grande ampleur, la derniA?re en date se produit le 27 fA�vrier 1987 au lieu dit Lagoba. Un an plus tard, la brA?che mesure 1 km de large, et dix ans plus tard environ 4 km. Plusieurs campements et bA?timents ont A�tA� dA�truits. La��usine de conditionnement de poisson de Djifer a A�tA� fermA�e en 1961. En effet, le village situA� A� 4 km au Nord du premier point de rupture, est de plus en plus menacA� et les autoritA�s envisagent la��A�vacuation de ses habitants vers le nouveau port de Diakhanor.

ParallA?lement au phA�nomA?ne da��A�rosion se produit un processus de sA�dimentation : la��extrA�mitA� Sud de la nouvelle A�le de Sangomar sa��A�tend de 100 m par an vers le Sud et, sur la rive opposA�e, les abords des villages de Niodior et Dionewar sa��ensablent considA�rablement, ce qui rA�duit le trafic des embarcations et contribue A� la��enclavement des populations. La pointe de Sangomar est aussi dA�crite depuis longtemps par les navigateurs et les ingA�nieurs hydrographes A� cause de sa barre et en raison de sa position stratA�gique en aval du port de Kaolack, centre de production important pour la��arachide et le sel.

Au milieu du XIXe siA?cle, Faidherbe, alors gouverneur du SA�nA�gal, cherche A� prendre le contrA?le des pays de la��arachide et A� encercler le Cayor. Il mA?ne notamment une expA�dition au Sine en mai 1859. Pour consolider les positions franA�aises, et comme A� Rufisque (Cayor), Saly-Portudal, Kaolack et Joal un fortin est construit A� Sangomar. En 1890, on y A�difiera un poste de douane.

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Dans le nord du SA�nA�gal, la��ouverture de la brA?che sur le littoral atlantique, pose un autre problA?me avec des pans de la��A�le de saint en danger. La langue de barbarie est dans le lot. En octobre 2003, suite A� un risque important da��inondation de la ville de Saint-Louis, les autoritA�s dA�cident da��ouvrir un A� canal de dA�lestage A� pour faciliter la��A�coulement du fleuve vers la mer, A� 7 km au sud de la ville. De 4 mA?tres de large au moment de la��ouverture, le canal a atteint 250 mA?tres de large trois jours aprA?s le creusement, passant mA?me A� 800 mA?tres au mois da��avril 2004.

La��A�rosion est aujourda��hui trA?s importante dans la partie sud, entraA�nant la disparition des filaos et des dunes. Il sa��y ajoute la salinisation inquiA�tante de la nappe phrA�atique qui a entraA�nA� le dA�clin de bon nombre de cultures.

La��ouverture de la brA?che a ainsi complA?tement modifiA� le milieu estuarien et certains spA�cialistes craignent dA�sormais que la ville de Saint-Louis soit plus sensible qua��auparavant A� une augmentation, mA?me minime, du niveau de la mer. Une nouvelle brA?che a A�tA� ouverte par la mer en octobre 2012 un peu au Nord de Gandiole, A� 500 mA?tre de la premiA?re. Au dA�part limitA�e A� quelques vagues, ca��est dA�sormais une nouvelle ouverture da��un kilomA?tre de large qui coupe la langue de Barbarie, menaA�ant notamment le campement OcA�an et Savane, tout proche. La rive continentale du fleuve reA�oit aujourda��hui directement les vagues sur ces berges.

FOCUS SUR… TOUT UN LITTORAL EN PERIL

Au SA�nA�gal, nombre de villes sont aujourda��hui A�tablies sur des sites A� risques : Dakar, Saint-Louis, Rufisque, Mbour, Joal, Kaolack et les A�les du Saloum, A�au loin de la Casamance de la��A�le de Karabane au Capa�� On ne finit pas le dA�compte.

Pour faire face A� un tel pA�ril, des actions sont tentA�es depuis une vingtaine da��annA�es grA?ce A� la science et aux chercheurs de la��universitA�. Les populations aussi sa��y sont mises quand elles na��avaient plus personne pour leur venir en aide. Ces derniA?res aidA�es en cela par des spA�cialistes, ont commencA� A� mettre en place des A�pis, des brise-lames ou autres remblais pour se protA�ger. Et Djibo Ka, A� la��A�poque ministre de la��Environnement et de la Protection de la Nature parlait de protA�ger tout le littoral rA�gional A� travers la ferme volontA� de la��Etat de sa��engager dans la recherche de solutions. Mais surtout, la��A�laboration de dispositions A� diffA�rents niveaux pour juguler le mal sur la��ensemble du littoral du Maroc au Cameroun et mA?me la��Afrique du Sud.

La��expert Pape Goumbalo, en sa qualitA� de centre expA�rimental de recherche et da��A�tude pour la��A�quipement (Cereq) avait encore une fois, comme A� son habitude depuis des annA�es, situA� les racines et la��extension du phA�nomA?ne da��A�rosion cA?tiA?re. DA�plorant le fait que les actions sectorielles et parcellaires mais aussi individuelles pour trouver des solutions avaient empirA� le mal et affirmant que cela crA�ait beaucoup de plus de problA?mes. Ca��est dans ce cadre da��ailleurs qua��un programme intA�grA� de lutte prenant compte le phA�nomA?ne dans un vaste ensemble a A�tA� initiA� avec la��appui de la��Union A�conomique et monA�taire ouest-africain dont le professeur est un des experts sur la question.

Sur la dA�marche, la��initiative entreprise par la��Uemoa pour un coA�t global estimA� A� 96 milliards de francs Cfa devant prendre appui sur des A�tudes pour le diagnostic, mais aussi da��ouvrages sur une durA�e de 5 ans a A�tA� ainsi initiA�e.

La��UEMOA ET La��UICN AVAIENT TIRE LA SONNETTE Da��ALARME

Ca��est ainsi que sous la��A�gide de la��Uicn et de la Commission de la��Uemoa, une rencontre sa��est tenue A� Dakar du 16 au 17 mai 2011. Quatre annA�es dA�jA� se sont A�coulA�es aprA?s cette validation da��une A�tude rA�gionale sur le suivi du trait de cA?te et la��A�laboration da��un schA�ma directeur sous-rA�gional ouest africain. Mais la mer ne cesse da��avancer sur le continent.

Les A�rA�sultats de ce diagnostic avaient ainsi montrA� la forte dynamique des diffA�rentes formes da��occupation de la��espace littoral, avec des concentrations fortement croissantes des populations et des biens dans les espaces A� proximitA� de la mer. Les A�lA�ments ainsi prA�sentA�s de ce diagnostic de la��Uemoa avaient montrA� la��importance stratA�gique de la rA�duction des ridsques littoraux dans le dA�veloppement futur des Etats cA?tiers. Dans le mA?me sens, celle-ci a A�tA� aussi argumentA�e A�par celle de la��Acmad qui a rappelA� les effets du changement climatique sur le littoral tout en prA�cisant les larmes marges da��incertitude qui affectent et toute prospective dans le domaine. Tout autant, toujours ont poursuivi les experts, que la montA�e progressive de la mer et difficilement quantifiable du niveau de la mer, les A�pisodes exceptionnels mA�tA�o-marins dA�jA� connus et pouvant intervenir A� tout moment, et les surcA?tes de tempA?te qua��ils peuvent engendrer constituent des risques directs, plus proches et qui sa��inscrivent dans la rA�alitA� quotidienne des territoires cotiers et populations littorales de la sous-rA�gion.

Quatre ans aprA?s, il semble que la mise en place da��un observatoire du littoral ne soit encore qua��un mot politicien. Il semble surtout que la bonne gouvernance nationale et rA�gionale des risques cA?tiers comme la mise en place da��un rA�seau da��observateurs indA�pendants en vue de la��A�laboration da��un observatoire chargA� de suivre la��A�volution du trait de cA?te et la��avancA�e de la mer, ne soient encore qua��au stade des idA�es. Ce mal africain ne disparaA�tra que lorsque le dA�cideur politique et la��A�lu local comprendront que leur A�lection ne doit rien A� leur intelligence, mais surtout aux espoirs A�normes que les populations placent en eux, en les mettant face A� leurs responsabilitA�s, le premier jour de leur arrivA�e au pouvoir.

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