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Alternatiba Dakar: Une solution aux changements climatiques

Accueil / changements climatiques / 2 juillet 2016

LancA� en fin octobre 2015, le collectif Alternatiba Dakar qui a initiA� des rencontres mensuelles populaires et festives appelA�es Ndadjea��Tiba, prA�pare activement un festival des alternatives au mois da��octobre 2016. Etant convaincu de la��existence de solutions pour faire face aux changements climatiques, Alternatiba propose de mettre en lumiA?re et de valoriser ces nombreuses alternatives qui existent et permettre la��accA?s A� celles-ci, en favorisant leur appropriation par le large public.

Entretien avec Mariama Diallo, membre de ce collectif qui fonctionne avec un mode de gestion horizontale sans hiA�rarchisation.

1-Sentez-vous vraiment la��implication des populations depuis le lancement de ce collectif A� Dakar?

Il faut savoir que le collectif est encore trA?s jeune, il a A�tA� lancA� fin octobre 2015, mais ca��est vA�ritablement depuis mars 2016 qua��il a commencA� A� A?tre actif. Oui certains sont impliquA�s, notamment des militants, et ceux qui sentent que les changements climatiques menacent leur quotidien.

Il na��est pas trA?s simple de mobiliser au SA�nA�gal sur des questions da��A�cologie. On na��a pas la culture du bA�nA�volat et surtout parce qua��il y a tout une tradition bA?tie sur la sA�paration des problA�matiques socio-A�conomiques da��avec celles environnementales. Et pourtant en rA�alitA� elles sont imbriquA�es les unes des autres.

De ce fait, nous essayons de plus en plus de partir des problA?mes socio-A�conomiques des populations, en leur montrant A� quel point les changements climatiques les menacent et posent avant tout des enjeux de justice sociale.

Et par lA�, nous voyons qua��elles sa��intA�ressent de plus en plus A� ce que la��on fait. Nous travaillons aussi A� la��inclusion des nouveaux arrivants, des non militants, des catA�gories sociales dA�favorisA�es qui sont les plus touchA�es et les plus vulnA�rables.

2-Est-il vraiment nA�cessaire de sa��engager dans une dynamique de justice climatique dans un pays du sud qui na��a ni richesse encore moins pouvoir?

Justement, ca��est parce que la��on est dans un pays du sud que la��on doit se battre pour la justice climatique et cela pour deux raisons.

PremiA?rement, il ne faut surtout pas oublier que les changements climatiques posent avant tout, la question de la responsabilitA� historique et de la dette A�cologique de la��occident. Nous subissons un dA�rA?glement auquel on a trA?s peu contribuA�.

De deux, sa��engager dans une dynamique de justice climatique na��est pas seulement une question de militantisme, mais des enjeux de survie, si la��on veut continuer A� vivre, il faut bien que la��on sa��adapte. Ce sont les pays qui sont au bas de la��A�chelle, les plus pauvres comme nous qui sont les plus impactA�s. A mon sens, nous ne pouvons plus rester dans la��inaction ou dans des attitudes de victimisation. Il nous faut agir, car sa��engager dans une dynamique de justice climatique, ca��est tout bonnement un instinct de survie.

3-Alternatiba Dakar na��est elle pas une association de plus ?

PrA�cisA�ment Alternatiba na��est pas une association qui vient grossir davantage le milieu associatif sA�nA�galais. Il existe dA�jA� une myriade da��associations qui font de belles choses et da��autres qui en font moins. Et dans ce paysage, Alternatiba se positionne comme une convergence de citoyens et da��organisations partageant des valeurs communes da��A�change et de partage fondA�es sur la justice sociale et la solidaritA�.

Nous travaillons ou militons tous pour la mA?me chose, ca��est-A�-dire une meilleure sociA�tA� qui soit plus durable, avec moins da��inA�galitA�s et de prA�caritA�. Et cette convergence est une belle faA�on de crA�er des synergies, des complA�mentaritA�s, de se renforcer mutuellement et da��A�viter le cloisonnement ou le chevauchement de certaines actions.

Ca permet A�galement de fA�dA�rer des gens qui sont dans des secteurs trA?s divers, de relier et de connecter les alternatives entre elles et de les penser en fait comme un systA?me.

4-Que propose Alternatiba pour faire face aux changements climatiques?

Les solutions concrA?tes pour lutter activement contre le changement existent dA�jA�, elles sont lA�, elles fusent et fleurissent de partout et sont mises en A�uvre par des citoyens, des collectifs, des collectivitA�s locales : la��agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, relocalisation de la��A�conomie, pA?che durable, valorisation de la rA�cupA�ration et du recyclage des dA�chets, A�nergies renouvelables, A�co-habitat et ja��en passe.

Mais elles ont souvent trA?s cloisonnA�es, peu diffusA�es, ignorA�es et trA?s peu connues de tous. Alors ce que propose Alternatiba, ca��est de mettre en lumiA?re et de valoriser les nombreuses alternatives qui existent et permettre la��accA?s A� celles-ci, en favorisant leur appropriation par le large public.

Et donc dA�jA� A�a permet de rompre avec le sentiment da��inertie et les discours fatalistes concernant le changement climatique. Notre dA�marche ca��est aussi de mettre en lien les alternatives, de les renforcer, les valoriser, les diffuser pour qua��elles soient A� la portA�e de tous.

La��appropriation des solutions est essentielle car elle permet de populariser la question du changement climatique tout en montrant clairement que chacun A� son niveau peut relever le dA�fi climatique et qua��on est tous en capacitA� de faire face et de gagner la bataille climatique.

5-Et dans ce cas, ca��est aux populations de vous suivre?

Non, on ne les demande pas de nous suivre, ca��est tout le contraire de notre dA�marche. Nous ne faisons pas pour ces populations, mais avec elles. On a une dA�marche qui part du bas et qui est inclusive. Da��ailleurs on a un mode de gestion horizontale sans hiA�rarchisation. On travaille sur la base de la��intelligence collective oA? tous les impliquA�s ont le mA?me statut.

On na��est pas dans des types de dA�marches top-down, mais plutA?t dans de la valorisation communautaire. Et puis ces populations elles le savent. Elles savent qua��elles doivent faire face aux consA�quences des changements climatiques et qua��elles doivent surmonter les A�normes pertes que cela engendre.

Mais en mA?me temps, elles en ont un peu marre des discours qui ne changent rien, que la��on pense pour elles, que la��on dA�cide A� leur place et que la��on conA�oive des choses sans vA�ritablement les associer.

Elles ont envie da��A?tre des acteurs de leurs changements et ca��est toute la dA�marche da��Alternatiba qui place les communautA�s locales au cA�ur du processus de mobilisation pour la justice climatique.

Il faut populariser la question du changement climatique, ne pas en faire une affaire da��experts ou de scientifiques et donner la��opportunitA� A� tout un chacun de se prononcer lA�-dessus et da��agir pour faire bouger les choses.

6-Vous avez prA�vu da��organiser au SA�nA�gal un festival des alternatives en octobre 2016. Quelle est votre stratA�gie de mobilisation? Tofranil buy uk

On sait que le plus grand dA�fi, ca��est la mobilisation du grand public, A� la fois ceux convaincus, mais qui restent dans des logiques cloisonnA�es et les autres A� qui le changement climatique ne parlent pas forcement. DA�jA� partir des problA?mes, des besoins rA�els des populations est une bonne entrA�e pour mobiliser et A�a permet de susciter leur intA�rA?t.

Lancement A� NDAJEa��TIBA A�

En amont de la��A�vA�nement aussi et au-delA� des plA�niA?res, on a lancA� un concept A� NDAJEa��TIBA A� qui est une rencontre mensuelle qui va avoir lieu dans divers endroits de Dakar comme les jardins publics, les centres socioculturels ou encore les espaces jeunes, pour susciter une appropriation citoyenne et collective de la problA�matique des changements climatiques et prA�parer en amont le festival.

Ca se passe dans un cadre convivial et festif pour attirer le grand public et ne pas limiter le processus de mobilisation pour la lutte contre le changement climatique Alternatiba aux seuls militants convaincus et aux organisations. Et donc cela permet da��A�largir et de diversifier le cercle des participants.

Le festival des alternatives, ca��est aussi des concertsa��

Nous misons aussi beaucoup sur le cotA� festif et convivial de la��A�vA�nement pou pouvoir mobiliser tout le monde, car le festival des alternatives, ca��est aussi des concerts, du thA�A?tre, bref beaucoup de prestations culturelles et artistiques, donc un bon cadre pour conscientiser les participants et leur donner envie de sa��engager dans la bataille climatique.

7-EspA�rez-vous avoir un impact au lendemain du village des alternatives?

Oui on espA?re dA�jA� une meilleure connaissance et une prise de conscience par rapport aux enjeux du changement climatique et surtout une appropriation des solutions concrA?tes qui y seront prA�sentA�es.

Evidemment que la��on est conscients que cela ne sera fera pas en un claquement de doigts, mais dans le temps comme pour tout changement social. Les changements de comportements impliquent un processus de transformation sociale et da��apprentissage qui certes peut bien prendre du temps. Donc le village des alternatives sera un point dA�part, un moment da��apprentissage pour les participants car au delA� des solutions qui seront prA�sentA�es, y aura A�galement tout un ensemble de dA�monstrations et da��ateliers pratiques participatifs.

Justement le fait da��A?tre en action est une belle faA�on de faire comprendre aux participants qua��il est possible de faire quelque chose, de changer la donne. Et A�a permet de rompre avec le sentiment da��inaction, de redonner confiance aux citoyens et de mettre en marche notre pouvoir da��agir citoyen.

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1 commentaire

sur 10 July 2016

Je réside en Casamance et en France et suis heureux de lire cet entretien avec Madame Diallo : réduire l’injustice climatique et partir des réalités socio-économiques en soutenant des initiatives des collectifs (bottom up): agriculture saine et durable, consommation locale et responsable, relocalisation de l’économie, pêche durable, valorisation de la récupération et du recyclage des déchets, énergies renouvelables, éco-habitat. Je souhaiterais ajouter deux suggestions qui me semblent décisives pour les habitants d’un pays comme le Sénégal :
1/ Les mesures de lutte pour la planète peuvent devenir une bonne opportunité de répondre aux besoins des habitants des pays du sud et du Sénégal en particulier et de résoudre des problèmes et des injustices actuelles ou alors elles peuvent encore plus enfoncer les plus faibles.
2/ Mais les mesures prises dans chaque domaine peuvent être soit vertueuses, soit calamiteuses (accentuer les injustices et les souffrances). C’est pourquoi les pouvoirs publics et les citoyens doivent se concerter pour maîtriser les solutions et ne pas les laisser à la décision des affairistes. L’écologie ne doit pas être un nouveau business piloté par des opérateurs du nord. Ces opérateurs sont nombreux : opérateurs de téléphone, opérateurs de pêche, fournisseurs de semences ou d’engrais, acheteurs de terre, etc. Ils guettent le moment de faire fortune sur le dos du milliard (2 milliards en 20150) d’africains.
Je prendrai deux exemples :
1/ l’énergie au Sénégal est trop chère (3 fois le prix européen) et injustement répartie (coupures, zones hors réseau). L’énergie solaire bien pensée permet d’abaisser le coût (les centrales récentes fournissent un KWh à 60 CFA soit moins de 50% du prix Sénélec) et de la mettre à la portée de tous. Il suffit d’éviter les erreurs actuellement commises en laissant des opérateurs privés se multiplier et proposer leurs conditions à des villages démunis de moyens de négociation. Hors c’est la politique choisie par le Sénégal avec le soutien des bailleurs internationaux : créer un business pour des opérateurs multiples (du Nord évidemment). Les pays comme l’Afrique du Sud, le Maroc ou l’Espagne gèrent eux-même les solutions plus globales, moins coûteuses et plus équitables… En attendant, le Sénégal est en queue de peloton sur la qualité de l’énergie (sécurité, coût, équité – 129 ème pays sur 130 pays observés par le conseil mondial de l’énergie : https://www.worldenergy.org/data/trilemma-index/ ) et l’énergie renouvelable ne représente que 0,1% de l’énergie au Sénégal (oui vous avez bien lu 1 sur 1000 !!) en baisse depuis 8 ans…
L’énergie solaire à prix raisonnable permettrait pourtant d’encourager la conservation et la transformation des produits alimentaires au niveau local et de valoriser le travail des pêcheurs artisanaux et des paysans;
ALTERNATIBA doit prendre position sur cette politique et réclamer des tarifs, une garantie d’équité, une sécurité tout au long de l’année grâce au solaire et pour cela demander des informations transparentes quant aux solutions techniques, aux opérateurs, aux financements, aux tarifs, aux quantités produites dans les 5 ans à venir.

2/ l’agriculture familiale qui est la première source de travail et de valeur du Sénégal et qui nourrit l’essentiel de la population en respectant l’environnement est maltraitée. Les revenus des paysans sont les plus faibles du pays car l’accès au marché est assurée par des intermédiaires qui disposent de la trésorerie pour acheter les récoltes, spéculer et s’enrichir (pour spéculer à nouveau sur les terrains et l’immobilier). Cela pousse les paysans et leurs enfants à l’exode vers les villes. Cela augmente le PIB de manière artificielle alors que la solution écologique est d’avoir des paysans heureux qui entretiennent la terre. Les mesures qui sont annoncées ne renforcent pas cette agriculture familiale ete paysanne de manière durable : augmentation de la consommation d’engrais, développement des cultures de rente, développement de l’agro-business… tout cela alimente la croissance qui rime avec souffrance. Dans les pays ango-saxons les initiatives sont nombreuses et efficaces pour aider les agriculteurs via SMS en conseils et services peu coûteux (voir ICow pour l’élevage : http://www.icow.co.ke) ou en moyen de commercialisation de leurs produits.
ALTERNATIBA doit aussi prendre position sur les programmes de développement de l’agriculture pour demander à ce qu’il soient en priorité destinés à renforcer l’agriculture familiale et à améliorer les revenus et la qualité de vie des paysans notamment par un accès aux marchés.



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