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Vie des pA?cheurs en haute mer Cotoyer le danger en permanence

Accueil / 3 octobre 2016

Tous les jours un tonnage important de poissons destinA�s A� la consommation ou A� la��exportation est dA�barquA� sur les quais de Cayar A� Joal, en passant par Soumbedioune, Yarakh, Rufisque, Yenn et Mbour. Cela na��aurait pas A�tA� possible si des pA?cheurs na��avaient pas choisi de risquer leur vie et de sacrifier de leur temps pour aller chercher le poisson A� plusieurs centaines de kilomA?tres au fond des ocA�ans. Par des campagnes (communA�ment appelA�es marA�es dans le jargon des marins) da��une durA�e da��une semaine A� un mois, ces pA?cheurs voguent A� travers les eaux territoriales sA�nA�galaises pour se rendre en GuinA�e-Bissau, en GuinA�e ou en Sierra Leone. Pour rA�ussir ce pari, les pA?cheurs ont mis en place une organisation sociale du travail bien structurA�e. Du quai jusqua��en mer, du dA�part A� la��arrivA�e, chaque membre da��A�quipage a sa partition A� jouer pour que le poisson puisse arriver dans le plat des SA�nA�galais.

A�Si ce na��A�taient pas les pA?cheurs, monsieur Mbow na��aurait pas pu prendre son repasA�. Cette chanson de Omar PA?ne rA�sume A� elle seule la��importance des pA?cheurs dans notre sociA�tA�. Eux qui ont choisi de risquer leur vie pour aller pA?cher le poisson en haute mer, sur des milliers de kilomA?tres jusque dans da��autres pays, en GuinA�e Bissau, en GuinA�e Conakry et mA?me en Sierra Leone. Partir na��est pas facile, car il faut laisser tout ce qui est cher sur terre pour une campagne (marA�e) da��une semaine, voire da��un mois. Pour comprendre ce que vivent ces pA?cheurs, nous avons choisi de partager leur intimitA�, en les suivant, des prA�paratifs A� la��embarquement, de la pA?che au dA�barquement.

PREPARATIFS POUR LE DEPART

Pour partir en mer, il faut bien se prA�parer. Car non seulement la route est longue, mais le danger est permanent. A�Il na��y a pas de boutiques en haute merA�, aiment dire les pA?cheurs campagnards. Par consA�quent, il faut aller au marchA�, se ravitailler suffisamment pour ne pas A?tre en rupture de stock, le temps de la marA�e passA� en haute mer. Assane Dieng est pA?cheur A� Soumbedioune, sa pirogue fait cinq A� sept jours en mer. Avant de partir, il achA?te beaucoup de glace industrielle et des sardinelles qui vont servir da��appA?ts pour la pA?che A� la��hameA�on. La nourriture est aussi une prioritA�. A�A�Pour notre nourriture, nous achetons plus que ce dont nous avons besoin pour A�viter la rupture de stock. Si nous avons prA�vu de faire cinq jours, nous nous approvisionnons pour plus de huit joursA�, dA�clare-t-il. A�Nous mangeons du riz au poisson comme chez nous A� la maison. Nous buvons du lait et du cafA�, mais aussi du thA�. Nous mangeons aussi du couscous. Ca��est comme si nous A�tions chez nous. Nous emmenons des bonbonnes de gaz et des sacs de charbon sous rA�serve. Les fumeurs emmA?nent aussi des cigarettes avec euxA�, nous apprend Assane Dieng. Selon lui, ce qua��ils mangent en mer est mA?me meilleur que ce qua��ils ont la��habitude de manger A� la maison. La pirogue a besoin da��une quantitA� suffisante de carburant pour voguer pendant plus da��une dizaine de jours en mer. Il faut aussi charger de la��eau pour assurer la survie de la��A�quipage.
Pape Diouf, capitaine de la pirogue Khadim Rassoul, sur le dA�part pour une marA�e de quinze jours, est en train de superviser la��embarquement de la glace destinA�e A� conserver le poisson. A�Ma pirogue utilise 9,5 tonnes de glace dont le prix avoisine les 400 000 FCFA. Nous emmenons 6 fA�ts de 200 litres et quelques bidons de 30 litres da��essence da��une valeur totale de presque 1 000 000 FCFA. Nous emmenons m3 da��eau, sans compter la nourriture et les autres nA�cessitA�s pour un A�quipage de 13 personnes. Nous buvons et nous nous lavons A� grande eauA�, nous apprend-il. Babacar Diouf que nous avons trouvA� A� Yenne ne dit pas le contraire. Un petit bA?ton A� la main droite, il pique le sable tout en expliquant un peu la��ambiance du dA�part en mer. Son histoire nous ramA?ne quelques annA�es en arriA?re, au dA�but des annA�es 2000. A�Un jour, vers 5 h du matin, nous avions quittA� Elinkine accompagnA�s de deux autres pirogues. Ca��A�tait la grande manA�uvre en cette pA�riode da��hivernage, car il fallait lever la��ancre avant les premiA?res lueurs du jour. AprA?s avoir embarquA� les moteurs de rA�serve, les derniers condiments et les sacs des matelots, tout le monde avait embarquA�A�, rappelle-t-il. Selon lui, alors que le capitaine avait intimA� au motoriste de dA�marrer, il y avait dA�jA� deux matelots sur le pont pour lever la��ancre. A�Ca��A�tait enfin le dA�part. On pouvait encore voir Pierre Sagne, propriA�taire de la pirogue, encore debout sur le quai da��embarquement en train de nous regarder partir, quand nous amorcions le virage vers Gnikine, en direction de Carabane.
En sortant de la tente servant de logis aux matelots A� la proue de la pirogue, le jeune Mansour attisait le feu sur lequel A�tait posA�e une grande marmite da��eau chaude. Le capitaine avait ouvert un sac de biscuits, tirA� un seau de sucre et un autre seau contenant des sachets de 500 g de Vitalait pour les besoins du petit dA�jeunerA�, dit-il les yeux nostalgiques. Quand tout A�tait prA?t, Mansour devait servir tout le monde, en premier le prA�posA� au gouvernail. Pour Bassirou Faye, rA�cemment rentrA� de mer, trouvA� assis sous une tente A� Yarakh, confie : A�la mer est comme la��armA�e, ca��est une affaire da��hommesA�. Tenant entre les jambes son fils de quatre ans qui lui rA�clame 25 FCFA, il raconte qua��il faut nA�cessairement se ravitailler suffisamment en riz et en condiments. A�Si tu dois passer 10 jours en mer, il faut se ravitailler en riz, en huile, en sucre, en thA�, etc. pour 16 jours pour parer aux A�ventualitA�sA�, soutient-il. Sur le plan mA�dical, Bassirou Faye rA�vA?le qua��ils partent avec une quantitA� importante de mA�dicaments, une boA�te A� pharmacie bien fournie. A�Avant de partir, nous allons A� la pharmacie chercher des mA�dicaments et des pommades pour soulager la fatigue. Nous emmenons des comprimA�s, des compresses et de la��alcool pour donner les premiers soins A� tout membre da��A�quipage blessA� ou qui tombe malade. Si ca��est grave, on regarde A� travers le GPS le village ou la ville cA?tiA?re la plus proche pour la��A�vacuer A� la��hA?pital. Un jour nous avions dA�barquA� A� Kafountine au camp militaire pour y emmener da��urgence un matelot qui avait le paludisme.
AprA?s avoir A�tA� consultA� avec tous les soins, il A�tait perfusA�. Et nous A�tions repartis avec lui car le mA�decin nous avait expliquA� comment il fallait procA�der pour enlever la perfusion dA?s qua��elle A�tait finieA�, raconte-t-il. Ca��est le mA?me son de cloche chez Mada Dieng. A�En partant, nous dA�pensons plus de 150 000 FCFA pour la nourriture. Nous achetons 2 sacs de riz, un seau da��huile en sachets, 36 kilogrammes de sucre, du thA�, 12 paquets de Vitalait, 2 sacs de pain da��une valeur de 10 000 FCFA, 2 pots de cafA�. Bref, tout ce que nous mangeons A� terre dans nos foyers. Nous embarquons plusieurs m3 da��eau. Nous emmenons 1800 A� 1900 litres da��essence et 4 grandes bonbonnes de gazA�, affirme M.Dieng qui rA�vA?le qua��en dehors de la ration commune chaque matelot emportait avec lui sa propre rA�serve personnelle en nourriture.

Actonel once a month generic PREPARATIONS MYSTIQUES

Selon Assane Dieng, il y a bien des prA�paratifs mystiques qui se font avant le dA�part en haute mer. Si certains aspergent des potions dans la pirogue au moment du dA�part, da��autres se lavent A� la maison avec de la��eau bA�nie. Il y en a aussi qui font des incantations au moment da��embarquer, donnent de la��aumA?ne ou font une offrande au dieu de la mer. A�Dans notre pirogue, nous avons la��habitude de prier individuellement, chacun selon ses convictions. GA�nA�ralement, nous prions pour que Dieu nous protA?ge, nous fasse revenir sains et saufs. Mais nous na��aspergeons rienA�, signale-t-il. TrouvA� A� Yenne, Abdou Diaw nous apprend qua��il A�tait dans une pirogue qui accordait beaucoup da��importance au mystique. A�Le propriA�taire de notre pirogue voyageait avec le capitaine pendant une semaine au plus. Ils partaient en Casamance, chez un vieux marabout A� DiakA?ne Wolof, chercher des gris-gris et des potions mystiques. Quand ils revenaient, il fallait faire de la��aumA?ne et sa��acquitter de toutes les indications du marabout avant de partir.
Tous les membres da��A�quipages A�taient obligA�s de prendre un bain collectif. Celui qui ratait une seule sA�ance de ce bain A�ne pouvait voyager avec le groupeA�, rA�vA?le-t-il. A�Un jour, au moment da��embarquer, un de mes meilleurs compagnons A�tait sommA� par le capitaine de rester A� quai. Ja��avais trop mal. Cette dA�cision ma��avait rA�voltA�e. Ma marA�e A�tait gA?chA�e. Car je ne pouvais pas A?tre A� la��aise sans cet ami qui est maintenant en Espagne. Nous A�tions trA?s complices. Nous partagions mA?me les quarts de surveillance le soir. Ca��A�tait le moment pour nous de discuter, de se rappeler de beaucoup de choses. Ce qui nous permettait da��oublier le tempsA�, confie-t-il. Lat DiA?ye, A?gA� de 19 ans, matelot depuis 2005, se rappelle qua��on lui donnait souvent des gris-gris A� attacher aprA?s une sA�rie de bains mystiques avant de partir pour une campagne. Par contre Bassirou Faye dit na��avoir jamais fait appel au mystique avant de partir en mer. A�Je ne suis jamais parti chez un marabout. Je prie Dieu simplement de nous protA�ger et de nous faciliter le boulot pour qua��on ait beaucoup de poissons. Mon principal marabout, ca��est le boulot. Je suis aussi trA?s regardant sur la sA�curitA� et je fais tout pour partir avec un bon moteur et une pirogue bien faiteA�, souligne-t-il. Ca��est aussi le cas de Mada Dieng qui affirme qua��il na��accorde pas trop da��importance aux pratiques mystiques. A�Quelques fois de bonnes volontA�s vous donnent des choses A� utiliser, mais ja��ai toujours peur da��en faire usage car je ne sais pas exactement ce que ca��est. Je ma��en remet au bon Dieu. En partant, je fais mes propres priA?resA�, dit-il.

La��ORGANISATION SOCIALE DU TRAVAIL EN MER

Une fois en mer, les pA?cheurs sont trA?s bien organisA�s. Chacun a sa partition A� jouer. Pour faire voguer la pirogue, hormis le moteur, il y a le gouvernail qui lui donne la direction. Le gouvernail est assurA� par le capitaine da��A�quipage, qui peut A?tre relayA� par une A�quipe de quatre pA?cheurs aguerris ou plus, du dA�part A� la��arrivA�e. Comme sur terre, il faut manger en mer pour survivre. Dans certaines pirogues, des bA�nA�voles choisissent de cuisinier, dans da��autres, le capitaine dA�signe un cuisinier attitrA� qui ne fait que prA�parer A� manger pour les autres. Da��habitude, il est plus jeune que les autres et dispose de qualitA�s humaines exemplaires. Poli et serviable, qua��il vente ou qua��il pleuve, il sa��acquitte de son devoir. Il se lA?ve trA?s tA?t, rA�veillA� pour la plupart du temps par le capitaine da��A�quipage pour prA�parer le petit dA�jeuner. Dans da��autres embarcations, ca��est un choix bA�nA�vole. Chacun peut choisir de se mettre au service des autres en prA�parant le repas. Ca��est le cas da��Assane Dieng qui prA�pare A� manger pour ses membres da��A�quipage. A�Nous prA�parons A� manger par nous-mA?mes. Je prA�pare le repas, un bon riz au poisson. Et je na��utilise que le sel, le poivre, la��oignon, le piment et le bouillon.
Et ja��avoue que ca��est meilleur que ce que nous avons la��habitude de manger A� terreA�, nous dit-il. Quelque fois, la��intensitA� du travail peut lui empA?cher de cuisiner. A�Si nous sommes dA�bordA�s par le volume du travail, nous na��avons pas le temps de prA�parer A� manger. Comme nous emportons du couscous pour parer A� ces A�ventualitA�s, je donne rapidement un gobelet de couscous sucrA� A� chacun pour tenir, le temps de finir le boulotA�, confesse-t-il. Pour A�vacuer le volume da��eau qui rentre dans la pirogue, les plus jeunes matelots sont prA�posA�s A� la��exercice, tout le long de la marA�e. A�Les plus jeunes matelots sont prA�posA�s A� la��A�vacuation du surplus da��eau qui est dans la cale de la pirogue. Ils sont dA�jA� dA�signA�s par le capitaine et na��attendent jamais qua��on leur dise qua��il faut puiser la��eau de la cale et la reverser en mer. Toutefois, sa��il y a du vent ou de la pluie, et que la mer est agitA�e, les grands matelots leur viennent en renfortA�, informe Moussa Ndour trouvA� A� Cayar. A�Le travail est bien rA�parti. Il y a des gens pour reverser le surplus da��eau en mer. Les plus jeunes sont prA�posA�s A� ce travail. Il y a un cuisinier, et aussi des gens qui secondent le capitaine A� la poupe dans la gestion du gouvernail. Des gens sont A�galement dA�signA�s pour monter la garde A� tour de rA?le, par binA?mes, comme dans les bateauxA�, confirme Bassirou Faye. A�Mada Dieng, est capitaine de pirogue. Il a tirA� sa pirogue A� quai pour les besoins de rA�fections, le temps de passer la fA?te de la Tabaski en famille. Il nous apprend que le travail de marA�e devient de plus en plus difficile de nos jours. A�Le poisson se fait de plus en plus rare et nous sommes obligA�s de traverser les frontiA?res pour nous rendre en GuinA�e, A� Bissau, en Sierra Leone, etc. Je fais plus de 20 jours en mer dans mes campagnesA�, renseigne-t-il. Sur le plan social, Thierno KontA� reconnait qua��il est toujours trA?s difficile pour le marin de quitter ses amis, sa femme et ses enfants, pour plus da��une quinzaine de jours. A�Ca��est vraiment trA?s dur de quitter les siens, mais ca��est une affaire da��hommes. Et comme ca��est le mA�tier que nous avons choisi, nous sommes obligA�s de faire avec. La veille du dA�part, on ne dort presque pas en pensant aux parents qua��on laisse derriA?reA�, confesse-t-il.

LA JOURNEE DU PECHEUR EN HAUTE MER

Pour Pape Diouf, la vie en mer est tout aussi agrA�able qua��A� la maison. A�Ja��A�prouve le mA?me plaisir en mer que chez moi. Je me sens mA?me plus A� la��aise dans la pirogue oA? je peux me balader torse nu comme je veux. Je me lave rA�guliA?rement comme A� la maison. Etre en mer me donne des forces car au-delA� de la peine, je me sens fier da��A?tre lA� pour le bonheur de ma famille. La pirogue est une source de libertA� pour nous puisque ca��est notre gagne-pain, notre entreprise, notre source de revenus. Nous nous sentons A� la��aise. Nous A�coutons de la musique tout le tempsA�, renseigne-t-il.
Cette fois-ci, cap sur Elinkine, avec le tA�moignage de Babacar Diouf, trouvA� A� Ngaparou, qui nous replonge dans le passA�. Il raconte son embarquement A� bord de la pirogue A�Hyacinthe ThiandoumA� pour partager sa journA�e de pA?che. AprA?s avoir dA�passA� DjoguA�, puis DjimbA�ring et Cap Skirring, cap A�tait mis maintenant vers la GuinA�e-Bissau. En voguant alternativement entre les caps 180 et 220 Sud, on tombe aprA?s quatre heures de foulA�e sur le fameux banc de sable appelA� A�KhadafiA� rA�putA� dangereux pour les pirogues, surtout la nuit. Cette zone dangereuse regorgeait de beaucoup de poissons, surtout de requins. ArrivA� sur place, le capitaine avait dA�cidA�, dit-il, da��amarrer. Pour sA�curiser la��embarcation des vagues, il avait filA� sur le cap Ouest, en plein ocA�an, laissant derriA?re le banc de sable. Loin, presque A� prA?s de dix kilomA?tres, il avait ordonnA� de sa��arrA?ter. Il A�tait presque 14 h et le cuisinier servait dA�jA� le repas. Le capitaine de la��une des deux autres A�pirogues avait dA�cidA� de continuer son chemin. Non loin, la��autre pirogue avait aussi dA�cidA� de sa��arrA?ter. Il fallait manger. AprA?s le repas, du riz A� la sauce da��arachide (A�mafA�A� en Wolof), un jeune matelot avait commencA� A� prA�parer le thA�. Mamadou Mbengue, un vieux lA�bou de Guet Ndar, qui ne prend pas le thA� avait demandA� de la��eau chaude pour boire un cafA� noir. Bien servi, il alluma sa cigarette et va sa��asseoir sur le pont de la pirogue, en train da��observer le mouvement des bateaux de pA?che et de transport de marchandises. Quelques minutes plus tard, le thA� est servi pour le plaisir des matelots entassA�s sous la tente, A� la��A�coute da��un transistor reliA� A� un fil qui lui servait da��antenne. Une cigarette aux lA?vres, le capitaine vA�rifiait les derniers rA�glages sur son filet dA�rivant pA�lagique, recousant quelques mailles oubliA�es. Tous ceux qui sont A�veillA�s A�taient en discussion sur les sujets qui les intA�ressaient.
Da��aucuns dormaient pour mieux rA�cupA�rer. Quand le thA� est fini da��A?tre servi, le jeune cuisinier avait prA�parA� du lait pour tout le monde. Vers 17 h, le capitaine rappelait qua��il fallait lever la��ancre aprA?s la priA?re pour se prA�parer A� poser le filet. De sa position, il avait vu les espA?ces pA�lagiques en train de sauter. Il y avait les bars, les maquereaux et les harengs. Ce qui signifiait que les requins na��A�taient pas loin car ils les suivaient pour sa��en nourrir. Debout sur la poupe de la pirogue, le capitaine enfile sa combinaison de pA?che et prend la barre. Il devait maintenant faire ses calculs en utilisant ses connaissances et son expA�rience maritimes. Il devra calculer sa position avec le banc de sable en vertu des diffA�rentes marA�es basses et hautes qui vont traverser la nuit. Debout, il observa le mouvement de la��eau par rapport A� la��est oA? se situe le banc de sable. Il dA�cida alors de faire quelques kilomA?tres de plus vers la��ouest. Il A�tait presque 18 h quand il avait arrA?tA� le moteur de la pirogue, ordonnA� A� son second de la��orienter contre le courant marin pour laisser tomber la bouA�e de signalisation dA�limitant le bout du filet. Sur une canne de deux mA?tres, retenue par un bidon vide de 20 litres et lestA�e par une pierre proportionnelle, est fixA� un signal qui sa��A�loigne au fur et A� mesure que le capitaine laisse choir le filet dans la��eau. A 19 h 45, la��exercice A�tait terminA�, il fallait attendre et laisser le filer dA�river tout le long de la nuit. Une surveillance sa��imposait, car il y a beaucoup de navires qui se dA�placent la nuit sur ce canal international, A� plus de 60 kilomA?tres des cA?tes A� la��intA�rieur de la��ocA�an atlantique, comme sur une autoroute.

LA NUIT DU PECHEUR EN HAUTE MER

Dans la nuit, pour A�viter le danger, les pA?cheurs montent la garde A� tour de rA?le, constituA�s en binA?mes comme dans la��armA�e. Deux A� deux, ils sa��occupent de la sA�curitA� des autres en surveillant les mouvements des bateaux et ceux de la pirogue qui peut rentrer dans un banc de sable. A�Nous montons la garde A� tour de rA?le, deux A� deux, car il y a de nombreux bateaux qui circulent. Il y a aussi que la technologie a A�voluA� avec les lampes de signalisation qui permettent aux bateaux de voir nos positions et celles de nos filets. Pour partir en GuinA�e-Bissau, tant que nous ne sommes pas arrivA�s A� destination, la pirogue ne sa��arrA?te pas, elle vogue nuit et jourA�, nous apprend Pape Diouf. A�A�Il nous arrive da��A?tre nostalgique de nos femmes. En rA�alitA�, nos femmes nous manquent en mer. Nous sommes dans un monde da��hommes unis et solidaires dans la��environnement du dangerA�, confesse-t-il. A�Nous sommes tous conscients de ce qui nous lie.
Comme nous avons avec nous des jeunes, nous devons adopter des comportements responsables. Par consA�quent, il na��y a pas de place pour les histoires et la violenceA�, poursuit-il. Quelque fois, les pA?cheurs peuvent se confronter A� des situations extraordinaires, en A�tant tA�moins de phA�nomA?nes para naturels. Moussa Fall, pA?cheur A� Mbour raconte une situation vA�cue A� Ourango, aux larges des cA?tes Bissau GuinA�ennes. A�Une nuit, vers les coups de 2 h du matin, je montais la garde avec un ami, SA�rigne GuA?ye, quand tout A� coup, ja��avais vu une lueur qui se dirigeait vers nous, comme un petit avion. ArrivA� A� notre hauteur, ja��avais aperA�u quelque chose qui ressemblait A� une forme humaine. En dessous da��elle, deux lampes avec la forme de seins. Nous A�tions bouche bA�e, mon ami voulait crier pour alerter les autres membres da��A�quipages, mais je la��avais retenu. Le fameux appareil volant A�tait reparti comme il A�tait venu. SA�rigne tremblait, il A�tait complA?tement maladeA�, raconte-t-il. A�Le lendemain, au soir, il avait sautA� A� la��eau, criant A�maman, mamanA�. Deux membres da��A�quipages avaient sautA� en mer pour le recueillir. Il y avait un courant marin trA?s fort qui risquait de les emporter tous, car il se dA�battait. Le capitaine A�tait obligA� de manA�uvrer la pirogue avec le moteur pour la mettre sur la trajectoire du courant. A�Quand ils A�taient arrivA�s sur le cA?tA� de la pirogue, ja��avais plongA� pour aider les autres A� le remettre dans la pirogue. Il faisait trA?s froid ce soir-lA� et mes cigarettes A�taient trempA�es. Personne ne pouvait plus dormir cette nuit car il fallait bien surveiller SA�rigneA�, se rappelle-t-il. Selon lui, pour toute confession, SA�rigne leur avait avouA� le lendemain que ca��est sa maman qui la��appelait. Or, sa maman est dA�cA�dA�e il y avait quelques annA�es dA�jA�. Pour A�viter que le pire ne soit survenu, ils A�taient obligA�s da��A�courter leur marA�e pour rentrer afin de dA�barquer SA�rigne. A�Nous avions trA?s peur car nous avions entendu qua��un matelot devenu fou avait tuA� des gens dans une pirogue venue de DioguA�. Nous avions peur du comportement de SA�rigne. Ca��est pour cela que le capitaine avait dA�cidA� de rebrousser cheminA�, dit-il.

A�LA REVOLUTION DU GPS

Le GPS est un outil qui a rA�volutionnA� le travail des pA?cheurs. Ca��est un outil da��orientation qui leur permet de repA�rer les points dangereux comme les bancs de sable, les A�paves immergA�es de bateaux, les pierres et les zones poissonneuses. Il suffit simplement de les enregistrer, de les mA�moriser pour les repA�rer la prochaine fois. A�Quand nous arrivons dans une zone poissonneuse, nous faisons rentrer la position gA�ographique des lieux dans la mA�moire du GPS. Si le courant maritime nous y A�loigne, le GPS nous le signale et nous revenons sur les lieux sur orientation du GPS. Une prochaine fois, ca��est le GPS qui va nous guider vers la zoneA�, nous apprend-il. A�Nous voyageons avec des ordinateurs, des GPS qui nous facilitent la��orientation gA�ographique. Nous connaissons A� la��avance les cA?tes maritimes que nous traversons. Le GPS nous indique A�galement si nous sommes en pays A�trangerA�, soutient Bassirou Faye de Yarakh Hann PA?cheur.

UNE PLACE POUR LE BONHEUR

Ils sont presque tous unanimes A� reconnaA�tre qua��il y a bien de la place pour le bonheur et le plaisir en haute mer. Des heures les plus tranquilles aux moments da��activitA�s intenses, la musique accompagne les matelots pour leur faire oublier la permanence du danger et la monotonie. A�Nous A�coutons de la musique avec nos portables ou avec des postes radios qui prennent des clA�s USB ou des cartes mA�moiresA�, nous apprend Salif Diop, confirmA� par Mada Dieng qui explique qua��ils A�coutent des chants religieux ou des prA?ches de Taib SocA�, Iran Ndao ou Oustass Alioune Sall enregistrA�s dans des cartes mA�moires insA�rA�es dans des tA�lA�phones. Les jeunes aiment A�galement A�couter de la musique. Les plus nostalgiques ne se sA�parent pas de leur album photo, histoire de penser en permanence A� la douce moitiA� laissA�e sur la terre ferme. Selon ces pA?cheurs interrogA�s, il na��y a pas vA�ritablement de place pour le stress car les gens se taquinent, rigolent et discutent sur des sujets pertinents.

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